Les diffuseurs français de football attendent avec impatience que l'Assemblée nationale se penche sur une proposition de loi cruciale, votée par le Sénat en juin 2025, portant sur l'organisation, la gestion et le financement du football professionnel. Parmi les mesures envisagées figure un dispositif permettant à l'Arcom (Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique) de bloquer automatiquement les sites IPTV illégaux. Cette démarche, jugée lente et complexe sur le plan actuel, pourrait considérablement renforcer la lutte contre le piratage.
« C'est notre cible principale et c'est là où nous avons le moins de prise pour l’instant », a déclaré Caroline Guenneteau, secrétaire générale de beIN Sports, diffuseur de la Ligue 1 ainsi que de l'ensemble de la Coupe du monde 2026. Historiquement, les téléspectateurs cherchant à éviter les frais d'abonnements se tournaient vers des plateformes trouvables sur les moteurs de recherche ou les réseaux sociaux.
Bien que l'Arcom ait intensifié ses efforts avec plus de 12 600 blocages de noms de domaine depuis 2022, le combat contre les équipements IPTV illégaux, souvent utilisés dans des foyers privés pour recevoir des chaînes du monde entier, reste complexe et difficile. Le Parisien souligne que les autorités cherchent à démanteler ces réseaux en traquant aussi bien les fournisseurs que les utilisateurs.
« On a remonté un flux jusqu’à un jeune de 14 ans »
Sur le plan judiciaire, 19 individus ont récemment écopé d'amendes dans le Pas-de-Calais pour avoir utilisé ces services piratés. Lors d'une table ronde organisée par l'Association pour la protection des programmes sportifs (APPS), Christophe Cencig, chef adjoint de l’office anti-cybercriminalité, a partagé un cas frappant : « La semaine dernière, nous avons remonté un flux jusqu’à un jeune de 14 ans qui revendait des accès IPTV pour 70 euros. »
Parallèlement, les diffuseurs renforcent leurs processus, en vue des événements à venir comme le tournoi de Roland-Garros (24 mai-7 juin). Cependant, les procédures actuelles nécessitent l'intervention d'un agent assermenté de l'Arcom, ralentissant ainsi la mise en œuvre des blocages. « Nous allons nous retrouver avec des milliers d’adresses à bloquer pendant un match, et c'est impossible de le faire manuellement », a déclaré Xavier Spender, délégué général de l'APPS.
L'article 10 de la proposition de loi, qui pourrait permettre un traitement automatique des demandes de blocage, est encore en attente d'inscription au calendrier parlementaire. La ministre des Sports, Marina Ferrari, a récemment exprimé des signaux optimistes concernant son examen « d’ici juin », un timing critique en vue de la Coupe du monde 2026 prévue du 11 juin au 19 juillet.
Il est impératif de rendre la vie difficile aux pirates afin de les inciter à se tourner vers des offres légales, insistent les diffuseurs. Selon les derniers chiffres de la Ligue de football professionnel (LFP), environ 20 % des aficionados de football en France admettent recourir parfois à des moyens illégaux pour suivre la Ligue 1.
Le piratage des contenus culturels et sportifs génère une perte estimée à 1,5 milliard d'euros pour ces secteurs et leurs diffuseurs. Parmi cela, 300 millions d'euros se rapportent spécifiquement au sport, comme l'indique Martin Ajdari, président de l'Arcom.







