Accusé d'avoir assassiné sa compagne, Fatiha Mahdi, le 3 mars 2023, à Amiens (Somme), Nicolas Deprez se retrouve face à la cour d'assises de la Somme, où il entame un procès teinté de complexité psychologique. D’une attitude tantôt défiante, tantôt conciliante, l’accusé se dévoile comme une personnalité ambivalente, troublée par la jalousie et la violence.
Alors que l'audience débute doucement jeudi matin, Nicolas Deprez ne cache pas sa défiance. "Je refuse de me présenter, ce procès est une mascarade", déclare-t-il en réponse au président de la cour, Philippe Damulot, qui lui rappelle les règles judiciaires pour rendre la justice. L’accusé, âgé de 44 ans, a été en conflit avec la loi à plusieurs reprises, et ce procès résonne comme le paroxysme de cette spirale violente.
Le meurtre de Fatiha Mahdi, une jeune femme de 28 ans, est non seulement une tragédie personnelle mais aussi une illustration tragique du contrôle malsain exercé par le suspect, qui justifie ses actes par des motifs de jalousie. Le 3 mars 2023, il aurait porté 19 coups de couteau à sa compagne après avoir suspecté une liaison avec le directeur d'un hôtel où elle travaillait.
Sept mois avant cette fatidique journée, Fatiha avait déjà tenté de fuir une vie faite de violences, portant plainte à plusieurs reprises contre son mari et obtenant à peine une interdiction de contact.
Un accusé obsédé par l'adultère de ses conjointes
Durant l’audience, Nicolas évoque une enfance marquée par la solitude et des blessures familiales. Il parle de l'infidélité de ses ancêtres et de ses propres traumatismes. "C'est après le décès de mon père que les soupçons ont commencé", explique-t-il, justifiant ainsi son emprise psychologique sur Fatiha. "Je suis en guerre contre l'adultère", scande-t-il.
Son ex-partenaire, Mélissa*, témoigne des violences qu'elle a subies. "Au début, tout allait bien, mais après notre emménagement, cela a tourné à l'horreur. Ils ont été des séparations fréquentes, due aux violences répétées", dit-elle. Des menaces de mort et une emprise psychologique se dessinent dans son récit.
Une victime "terrorisée", selon les éducatrices spécialisées d'Agena
Fatiha Mahdi a d'ailleurs bénéficié du soutien d'Agena, une association d'aide aux victimes. Ses éducatrices témoignent d’une femme profondément effrayée par son compagnon. Nathalie*, l'une d'elles, déclare : "Elle était terrorisée et incapable de comprendre les comportements de son mari". Fatiha avait même caché son statut de victime par peur de représailles. Cette dichotomie entre la victime et son bourreau est une récurrence tragique dans des affaires de violences conjugales.
Nicolas, en réponse aux accusations, tente de défendre son image. "Je suis ici pour assumer mes actes, mais les accusations sont exagérées", rétorque-t-il. Cependant, le président de la cour confronte son récit à la réalité que présente la famille de Fatiha, dont le chagrin est palpable dans la salle d’audience.
En fin de journée, face à des interrogations croissantes, Nicolas déclare : "Je veux que ça s'arrête, je ne peux plus continuer comme ça", révélant ainsi des éléments de préméditation dans son acte. Les jours suivants du procès s'annoncent décisifs, car une vidéo enregistrée avant le meurtre sera passée au crible, témoignant d’un état mental déjà dégradé et de ses plans sombres.
(*le prénom a été modifié)







