Violences et polygamie : un père condamné à 12 ans de réclusion

Une sombre affaire de violence familiale secoue le Pas-de-Calais.
Violences et polygamie : un père condamné à 12 ans de réclusion
©Sameer Al-DOUMY, AFP - Photo de l'entrée du tribunal à Saint-Omer (Pas-de-Calais), le 8 juin 2026

Un homme de 45 ans, Jérôme P., a été condamné à 12 ans de prison par la cour criminelle du Pas-de-Calais pour viols et violences exercées dans le cadre d'une relation polygame. La décision a été rendue jeudi, déclarant l'accusé coupable de tous les faits qui lui avaient été reprochés.

La cour a également ordonné un suivi socio-judiciaire d'une durée de cinq ans, imposant à Jérôme P. des obligations de soins. Au cas où cet engagement ne serait pas respecté, l'accusé pourrait faire face à trois ans de réclusion supplémentaire, a précisé la présidente.

L'avocate générale, qui avait requis une peine de 14 ans, a décrit le modus operandi de Jérôme P. comme un système de "contrôle, manipulation et dissimulation" envers ses trois compagnes et leurs enfants, révélant des comportements particulièrement inquiétants.

Lors des débats, l'accusé a reconnu avoir infligé des violences sporadiques, qualifiant les événements de "fessées, gifles et réprimandes". Cependant, l'avocate générale a souligné que ces déclarations ne faisaient qu'effleurer la vérité et a exprimé sa conviction quant à la culpabilité de Jérôme P.

Concernant les viols, Jennifer C., l'une des compagnes de l'accusé, a été décrite comme étant maintenue dans une situation de peur, incapable de se défendre face aux violences psychologiques et physiques qui pesaient sur elle.

De son côté, l'avocat de Jérôme P., Me Sullyman Bouderba, a constamment nié les accusations de viol, les qualifiant de "contestées et contestables". Il a émis des doutes sur le fait que personne dans leur cercle proche n'ait signalé les abus, malgré les récits troublants qui ont émergé durant le procès.

Jérôme P. a été jugé pour ses actes à Montreuil-sur-Mer, où il a été accusé de viols et de violences sur ses compagnes ainsi que sur ses enfants.

Au cours des débats, un expert psychiatre a décrit l'accusé comme un homme victime d'un "sentiment de toute-puissance", reportant souvent la responsabilité sur les autres. Sa fille aînée a, pour sa part, évoqué un père à deux visages, à la fois protecteur et violent, témoignant d'une série d'agressions physiques qu'elle a subies.

L'accusé utilisait un contrôle coercitif, notamment en géolocalisant ses compagnes et enfants grâce à leurs téléphones. Dans le domicile familial, plusieurs caméras de surveillance étaient également installées et en fonctionnement permanent, renforçant cette atmosphère de peur.

Le procès a mis à jour non seulement les actes de Jérôme P., mais aussi le fonctionnement plus profond d'une famille au sein de laquelle la violence et la polygamie étaient normalisées. Selon des témoignages, la famille de Jérôme P. présentait des similitudes avec une secte, où des comportements violents étaient monnaie courante.

Des révélations passées, notamment du suicide d'un frère de l'accusé, mis en examen pour abus, soulignent l'ampleur de la tragédie au sein de ce clan. Toutes les femmes qui ont eu des interactions avec cette famille se sont révélées être des "survivantes", selon Me Fabienne Roy-Nansion, avocate des parties civiles.

Malgré l'horreur des événements, l'amour des filles de Jérôme P. pour leur père demeure, ce qui souligne les dynamiques familiales complexes engendrées par la violence. La cour a, en outre, prononcé la déchéance de l'autorité parentale de Jérôme P. pour ses deux enfants encore mineurs, une décision saluée par de nombreuses voix au sein du ministère public.

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