Suite à la tragique mort de Lyhanna, l'actualité française s'empare d'un sujet délicat : la castration chimique. Bruno Retailleau, homme politique influent, exprime son soutien à cette méthode de lutte contre les abus sexuels sur mineurs. Le Journal du Dimanche se penche sur cette question complexe.
Aussi connue sous le terme de « traitement inhibiteur de libido », la castration chimique réduit la production de testostérone à l'aide de médicaments, amoindrissant ainsi les pulsions sexuelles de l'individu. Ce traitement, qui peut se prendre par voie orale ou par injection, se distingue nettement de la castration physique, qui consiste à retirer les organes génitaux. Un des points cruciaux est sa réversibilité : les effets s'estompent dès l'arrêt du traitement.
En France, la décision d'appliquer la castration chimique ne revient pas aux juges, mais repose sur le médecin dans le cadre d'un suivi socio-judiciaire ou d'une libération conditionnelle, nécessitant le consentement de la personne concernée. Le débat est ravivé après le meurtre de Lyhanna, un événement qui a choqué l'opinion publique. Retailleau, s'exprimant sur CNews, a plaidé pour son instauration permanente afin de « traiter le mal à partir de la racine » et de limiter les cas de récidive.
Quels pays autorisent la castration chimique ?
Plusieurs pays, tels que la Corée du Sud, la Pologne, la Russie, l'Allemagne, la Moldavie, l'Estonie et plusieurs États américains, pratiquent la castration chimique obligatoire pour les auteurs d'abus sexuels sur mineurs. En 2022, le Royaume-Uni a même lancé une expérimentation pour évaluer son efficacité, avec l'espoir de désengorger les prisons tout en réduisant le risque de récidive.
Cependant, l'efficacité de ce traitement reste sujette à débat. Aux États-Unis, où il est utilisé depuis les années 1960, les abus sexuels sur enfants ont chuté de 47 % entre 1993 et 2006, mais une recrudescence a été constatée depuis 2010. L'Indonésie, qui l'a rendue obligatoire en 2017, témoigne également des limites de cette mesure : le nombre de victimes signalées est passé de 70 en 2017 à 1 200 en 2019.
Au-delà de la question de l'efficacité, la castration chimique soulève d'importants dilemmes éthiques. Les effets secondaires, tels que la fatigue, le développement mammaire, l'ostéoporose, et les maladies cardiovasculaires, sont notables. De plus, si la libido peut être supprimée, le traitement ne s'attaque pas aux troubles psychologiques sous-jacents, comme le besoin de pouvoir ou les troubles de la personnalité. Les obsessions sexuelles, quant à elles, persistent.







