"Une secte" : c'est ainsi qu'une témoin décrit la famille P. au procès de Jérôme P., accusé de viols et de violences. Ce procès, qui se déroule devant la cour criminelle du Pas-de-Calais à Saint-Omer, met en exergue les dynamiques perturbantes au sein d'une famille empreinte de polygamie et de violences.
"Ce sont des individus qui intimidant et manipulent les autres. Pour moi, c'est comme appartenir à une secte", a déclaré Christelle L., une ex-compagne du frère aîné de Jérôme, lors de son témoignage. Le visage marqué par la vie, Jérôme P., 45 ans, encourt jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle pour des violences infligées à ses compagnes, dont Jennifer C., qui a déposé plainte en novembre 2022.
Christelle L. évoque une cohabitation avec une autre femme, révélant que Jérôme avait eu deux femmes simultanément pendant une période de 18 ans. "C'est la coutume d'avoir plusieurs femmes" dans cette famille, marquée par une violence omniprésente. Elle témoigne avoir été témoin de violences physiques, Jérôme P. ayant été vu en train de frapper son ex-compagne.
D'autres témoignages corroborent ces allégations. Une ex-femme d'un autre frère de l'accusé a déclaré : "On ne dit pas non aux P." La polygamie, selon elle, était un "secret d'État" qu'elle avait appris par son mari. Ces déclarations dépeignent un tableau troublant d'une dynamique familiale rendue toxique par des comportements abusifs.
Le procès a aussi mis en avant l'emprise ressentie par les femmes au sein de cette famille, souvent présentées comme "en détresse". Jennifer C. a décrit les abus qu'elle a subis, soulignant la surveillance constante, les viols et les violences physiques. Les expertises psychologiques présentées au tribunal indiquent un état de dépendance et d'emprise chez ces femmes, qui continuent de soutenir Jérôme P. malgré les accusations.
L'enquêtrice de personnalité, lors de son audition, a souligné qu'elle n'avait rencontré que des membres de la famille lors des investigations, n'entendant jamais de témoins extérieurs parler négativement de l'accusé. Les membres de la famille dépeignent Jérôme comme un "fils parfait" et un "père idéal", mais les témoignages contradictoires dessinent un autre portrait, celui d'un homme au pouvoir omniprésent sur ses compagnes.
Des membres de la famille affirment que celles-ci étaient isolées socialement, souvent privées d'activités et d'accès à leur argent. Me Fabienne Roy-Nansion, avocate de la plaignante, a décrit Jérôme P. comme un homme ayant un "harem", contrôlant étroitement son entourage. Les révélations sur des caméras de surveillance dans le domicile et des dispositifs de géolocalisation suscitent également des inquiétudes sur la nature abusive de son contrôle.
Drames familiaux : le procès a également ravivé des blessures anciennes, un autre frère de Jérôme s'étant suicidé en détention en 2024, alors qu'il était accusé de viols incestueux. Ce contexte familial complexe et éprouvant éclaire les enjeux nietzschéens d’un système familial où la violence devient une norme.







