Le procès d'un individu accusé d'avoir instauré la terreur au sein de son foyer pendant près de vingt ans s'est ouvert lundi dans le Pas-de-Calais. L'accusé, Jérôme P., âgé de 45 ans, conteste toute violence tout en admettant que son mode de vie familial pourrait sembler "bizarre".
Lors de son entrée dans le box, il est apparu sous un jour banal, coiffé de cheveux grisonnants et portant des lunettes. Il est confronté à des accusations de viols sur l'une de ses compagnes et de violences intrafamiliales, et encourt une peine allant jusqu'à vingt ans de réclusion criminelle.
Jennifer C., la plaignante, a déposé plainte en novembre 2022, relatant la surveillance constante dont elle était victime, ainsi que les viols et les violences infligées par son partenaire, avec qui elle a eu trois enfants. Selon elle, depuis le début des années 2000, elle partageait le foyer avec deux autres femmes, apportant ainsi une dimension complexe à cette affaire, comme l'a rapporté France Info.
Des témoins affirment que ces femmes, présentées comme des compagnes, subissaient une emprise psychologique indéniable. Les expertises psychologiques mettent en lumière leur vulnérabilité et dépendance vis-à-vis de Jérôme P. L’une d’elles, Aurélia D., n’a pas assisté au tribunal, ce qui a suscité une vive réaction de la présidente de la cour qui a demandé une "relance ferme" pour s’assurer de sa présence.
Les conditions de vie des trois femmes étaient décrites comme extrêmement restrictives. Elles étaient privées de vie sociale, avaient un accès limité au travail et ne pouvaient pas librement utiliser leurs cartes bancaires, gardées sous clé. "Il avait un harem. Il est le chef, il est soit dans son lit, soit dans son fauteuil", a déclaré à l'AFP l'avocate de la plaignante, Me Fabienne Roy-Nansion, décrivant une situation alarmante où sa cliente a "vécu l'enfer".
Un aspect particulièrement déroutant de cette affaire est le niveau de contrôle exercé par Jérôme P. sa maison était équipée de caméras de surveillance, et il aurait investi près de 115 000 euros dans des équipements technologiques pour surveiller son entourage, utilisant des fonds reçus d'une précédente agression sur son lieu de travail.
Me Roy-Nansion a également fait allusion à des comportements violents, affirmant qu'il aurait frappé ses compagnes pour des motifs futile. "Quand quelque chose ne lui plaît pas, il frappe", a-t-elle déclaré. Selon l’instruction, il aurait même créé des blessures parmi ses compagnes, allant jusqu’à casser leurs nez.
Bien que Jérôme P. ait un casier judiciaire vierge, il est actuellement en détention provisoire depuis fin 2022. Les déclarations de ses enfants, bien qu'elles varient, sont également prises en compte dans cette affaire où polygamie et violence semblent avoir été les pierres angulaires d’un mode de vie pernicieux.
Un élément supplémentaire d’horreur : il semble que la violence et la polygamie étaient un mode de vie habituel dans la famille P., un fait confirmé par la présidente du tribunal. Le frère de l'accusé est en prison suite à des accusations similaires, tandis qu'un autre frère, accusé de viols incestueux, s'est tragiquement suicidé en détention.
Les jours à venir s'annoncent cruciaux alors que le tribunal continue d'explorer les facettes sombres de cette affaire, espérant rendre justice à celles qui ont souffert dans l'ombre.







