REPORTAGE. À l'aube de la finale de la Coupe de France entre l'OGC Nice et le RC Lens, des milliers de supporters lensois ont envahi les rues de Paris, puis celles de Saint-Denis. Familles, amis et ultras s'illustrent par une passion débordante, révélant un lien indissoluble entre l'identité de leur ville et celle de leur club.
En plein cœur de Lens, un supporter des Sang et Or confie : « le football est au centre de la population ». Une réalité qui est à la fois sentimentale pour cette famille et géographique, car le stade Bollaert est situé au centre-ville, à l'inverse de nombreux stades récents qui se trouvent en périphérie. Ce vendredi 22 mai, sous un soleil éclatant, plus de 50 000 supporters se dirigent vers le Stade de France pour encourager le RC Lens lors de cette finale tant attendue.
Ce stade, devenu emblématique, est le stade Félix Bollaert-Delelis, un hommage au maire préfet André Delelis qui, dans les années 1970, a lutté pour sa préservation. Considéré comme un phare de la ville, le stade transcende les clivages politiques. Emmanuel Blairy, député RN du Pas-de-Calais et fervent supporter, exprime sa reconnaissance : « nous lui en sommes tous éternellement reconnaissants. »
Les quatre tribunes, aux allures britanniques, offertes par la localité sont renommées pour leur ambiance électrique. Jadis, les perruques et fanfares égayaient la tribune populaire Marek, tandis que maintenant, trois kop influencés par les mouvements ultras font vibrer Bollaert, souvent qualifié de chaudron du Nord. Un supporter déclare : « certains n'assistent pas au match, mais viennent pour l'ambiance. »
Il n'est pas rare que des fans parcourent des kilomètres pour suivre leur club, tant à domicile qu'à l'extérieur. Pierre, un des leaders de l'association ultra les Red Tigers, fondée en 1994, recense près de 70 groupes de supporters à travers la France.
RC Lens, un héritage commun
« Le club fait partie intégrante de l’identité lensoise », affirme avec passion Pierre. Plus qu’un club de football, le RC Lens est un symbole de l’identité minière de la région, illustré par un blason arborant une lampe de mineurs. Créé en 1906, le club est né au moment où le bassin minier se développait. À l'époque, la Compagnie des Mines de Lens soutenait financièrement l’équipe. Son directeur, Félix Bollaert, est également le pionnier de la construction du stade, inauguré en 1932. Bien que les mines aient fermé leurs portes, leur mémoire reste vivace dans l'esprit des habitants et des joueurs.
Chaque année, à la veille de la Sainte-Barbe, un hommage est rendu dans les travées du stade. Lors de chaque rencontre, la chanson de Pierre Bachelet, Les Corons, résonne, chantée avec ferveur par les 38 000 passionnés de Bollaert. Cette ferveur marquante ne laisse pas indifférents les joueurs qui revêtent le maillot sang et or. Beaucoup d’eux choisissent de continuer à vivre à Lens ou dans ses environs.
Dans un département touché par le chômage et la désindustrialisation, le club devient l’un des rares vecteurs de fierté pour les gens du Nord. Cette précieuse reconnaissance est d'autant plus significative lorsque les performances de l'équipe leur permettent de rivaliser avec les poids lourds comme le Paris Saint-Germain et de remporter un trophée historique pour les 120 ans du club, dans un Stade de France comble, presque entièrement acquis à leur cause.







