REPORTAGE. Les jeunes générations semblent éloignées des références culturelles qui ont marqué la ville dans les années 1980. Bertrand, un homme ayant grandi ici, témoigne de son sentiment d'aliénation dans sa propre ville.
« À 15 ans, on nous laissait entrer au stade de foot sans débourser un sou, on nous disait juste de ne pas faire de bêtises, et nous ne faisions pas de bêtises », se remémore Bertrand, commerçant originaire de Valenciennes. Il a côtoyé Jean-Louis Borloo, qui reconnaissait son visage. Aujourd'hui, il désigne un changement de population et regrette les évolutions sociales qui en découlent.
Passionné par le football, il se remémore l'effervescence de 1992, lors de la montée de son équipe en élite : «la place d'Armes était en ébullition, c'était fantastique ! Les jeunes d'aujourd'hui semblent indifférents à Valenciennes et préfèrent arborer le maillot du Real Madrid».
Cette célébration populaire, marquée par la joie, contraste avec les incidents urbains récents lors des victoires du PSG.
En mai 1992, la ville vibrait avec Binbin, un symbole local décrit comme « l'âme vivante de notre ville. » Pourtant, les élèves des lycées Wallon et Antoine-Watteau semblent méconnaitre ses références et celles de Pierre Richard ou Jean Lefebvre, figures emblématiques devenues étrangères à la nouvelle génération.
La disparition des références culturelles a exacerbé les tensions. Bertrand note que l'événement traditionnel du tour de Saint-Cordon, qui attire chaque année des milliers de participants, nécessite aujourd'hui une protection policière accrue, une réalité soulignée par les récentes dégradations à l'église Saint-Géry.
Une guerre de territoire à Valenciennes
Un commerçant ayant souhaité garder l'anonymat évoque des zones de la ville contrôlées par des trafiquants : «il y a des rues où ces racailles prévaut même dans le centre-ville». Ce constat est corroboré par Damien Tavernier, un policier de la région depuis 2012, qui confirme que les interventions se multiplient face à la montée du trafic de drogue : «l'intervention de la police nationale est quotidienne ici» et ajoute que c'est un problème courant dans toute la France.
Les rivalités pour le contrôle des clients dans cette économie souterraine se traduisent par des violences, comme l'incendie du fast-food G LA DALLE, qui serait lié à un deal de territoire entre groupes de trafic. Une théorie que la police tente de nuancer, malgré un passé d'incendies similaires au restaurant Ô Cosmopolite.
Dans les rues de Valenciennes, les kebabs, bien que non nécessairement liés à des trafics, symbolisent un changement culturel majeur, remplaçant les restaurants traditionnels où l'on savourait les spécialités locales.
Issu d'une famille ouvrière ancrée à gauche, Bertrand ressent de plus en plus un absentisme dans ses relations de voisinage : il envisage maintenant de quitter cette ville qui ne lui ressemble plus, pour envisager un nouveau départ en Pologne, un pays où il a vécu deux ans.







