Après avoir découvert une jument de trait en souffrance, Juliette Bourdot, prestataire en traction animale à Grézillac, s'engage dans un long chemin de rééducation pour la réintégrer aux sols viticoles de la région.
Résolue, Juliette décide d'acheter l'animal, une décision cruciale pour son activité encore en développement. Pour couvrir les coûts de réhabilitation, elle lance une cagnotte en ligne. Kali est alors placée dans une pension spécialisée où un processus de rétablissement débute. Elle doit récupérer près de 300 kilos, les premiers mois étant dédiés à une alimentation contrôlée et des soins vétérinaires, y compris le parage des sabots et les vaccinations. "Un cheval qui a vécu enfermé ne peut pas être remis brutalement au pré," précise Juliette, avertissant que des herbes trop riches pourraient engendrer des complications.
Un long processus de rééducation
Au-delà de sa condition physique, Kali doit également apprendre à interagir. Jamais éprouvée par le travail, cette jument va bénéficier de l'expertise de Cléa Netzer, une éthologue locale, pour poursuivre sa rééducation cet été. "On repart de zéro. Cela peut prendre des semaines, voire des années… chaque cheval a son propre rythme," ajoute Juliette qui a su apprivoiser ses deux autres juments.
L'objectif est clair : accueillir Kali dans les rangs de vigne. Juliette, engagée dans la traction animale depuis quatre ans, s'illustre dans plusieurs domaines viticoles à travers la Gironde. Au lieu des tracteurs, ses juments offrent un travail lent mais précis. "Nous travaillons environ un demi-hectare par jour, limité à trois heures de service par cheval," décrit-elle. Leur rôle est d'alléger le sol tout en se reposant jusqu'à 21 heures par jour lorsque cela est nécessaire.
“Nous travaillons environ un demi-hectare par jour, limité à trois heures de service par cheval.”
Adaptation et précision
Dans les vignobles, chaque jour offre son lot de défis liés aux conditions climatiques et au type de sol. "Il y a de bons et de mauvais jours," observe Juliette, qui ajuste continuellement ses méthodes de travail. Observatrice, elle s'assure que ses juments trouvent un équilibre dans l'effort, les laissant paître après chaque rang.
Former un cheval de trait nécessite patience et dévouement. Selon Juliette, il faut toute une vie pour développer de bonnes compétences : "Les chevaux sont des animaux sensibles, chaque jument réagit différemment mais nous pouvons toujours transformer leur caractère en force." D'ailleurs, au château Lafaurie-Peyraguey, ce mode de culture est désormais largement adopté, favorisé pour sa précision et son respect des sols qui contribuent à la qualité des raisins.
Kali, après plusieurs mois d'apprentissage, rejoindra progressivement ses compagnes dans les vignes. "Elle va observer les autres, comprendre et apprendre, espère Juliette. Son intégration se fera par mimétisme, une approche qui, elle l'espère, lui permettra de trouver sa place."
(1) Kali : de la maltraitance aux vignobles bordelais sur Miimosa, un financement participatif dédié à l’agriculture et à l’alimentation, a permis de récolter plus de 3000 euros.







