À Fréhel (Côtes-d'Armor), Christelle Schaefer, photographe professionnelle de 56 ans, s'est préparée depuis longtemps. Elle a prévu d'être aux premières loges pour capturer les grandes marées qui déferlent sur les côtes de l'Atlantique. Avec des coefficients records prévus, ce moment est un rendez-vous qu'elle ne manquerait pour rien au monde depuis 16 ans, tant elle trouve à chaque fois un spectacle fascinant à admirer.
Samedi, elle se dirigeait vers Saint-Malo, un lieu réputé pour sa magnificence durant cet événement. "Il y a toujours une grande foule car c'est un endroit où les vagues se heurtent violemment contre les digues lorsque le vent et la marée haute sont réunis", précise-t-elle. Christelle ajoute qu'il est essentiel de bien connaître la météo et le terrain pour photographier le moment le plus époustouflant, tout en notant qu'elle apprécie également observer le phénomène à Saint-Lunaire ou près d'Erquy.

Un jeu de cache-cache pour la bonne image
Après avoir choisi son lieu, Christelle se rend sur place seule, généralement "deux heures avant et deux heures après le plein", soit lorsque la marée atteint son maximum. "Je prends quatre heures pour moi : je me promène, j’attends, j’écoute et si je ressors une seule photo qui vaille la peine, je suis comblée".
"C'est d'abord un moment très égoïste qui me fait du bien, ça me fait une vraie coupure et ça me vide la tête", témoigne-t-elle. "C'est une communion avec la nature".

Elle encourage à rester stationnaire pour mieux apprécier l'évolution du paysage. "On ne peut pas se précipiter entre plusieurs lieux. Il est préférable d'attendre et de laisser la nature faire son œuvre, car il y a ce jeu de cache-cache : la bonne image peut se trouver là où on s'y attend le moins". Christelle se souvient d'une expérience marquante : en 2015, sa voiture avait été emportée par une vague alors qu’elle photographiait.

"J'ai perdu ma voiture ce jour-là : une vague l'a engloutie et cela a nécessité une intervention le lendemain. Mais j'ai obtenu une photo mémorable, témoignant de la force de ce phénomène, et elle est l'une de mes favorites à ce jour", raconte-t-elle.
C'est très graphique quand la baie se remplit d'eau
Les grandes marées attirent aussi François Goudeau, passionné de photographie aérienne depuis 30 ans, se rendant souvent en baie d'Authie sur le littoral picard. "C'est un rendez-vous incontournable pour quiconque passionné d'image", affirme-t-il, précisant que la vue aérienne rend les paysages familiers totalement inédits.
"C'est spectaculaire ! D'une part, c'est rare et d'autre part, le drone me permet d'obtenir des clichés d'une beauté saisissante, qui montrent vraiment les effets de la marée", se réjouit-il.

François aime particulièrement immortaliser les paysages du sud de la baie de Somme, près du Cap Hornu et du Hourdel. Il souligne que les conditions de lumière sont souvent déterminantes pour capturer la magie de ces moments. "Quand la marée haute et le soleil sont réunis, le spectacle est exceptionnel", souligne-t-il.
Les mollières, ces vastes zones humides, se remplissent d'eau lors de ces marées, accentuant le phénomène, et le bruit des vagues projetées contre les rochers ajoute une dimension dramatique.
"La baie, quand elle se remplit d’eau, est d’une beauté graphique incroyable. Les couleurs varient, créant des tableaux vivants qui régénèrent mon esprit", conclut François.
Les photographes, au fil des épisodes de grandes marées, apprennent à se connaître et partagent leur passion, mais cet événement ne se limite pas aux habitués : de nombreux curieux viennent aussi admirer cette magnifique danse des vagues.







