Le chancelier allemand Friedrich Merz, en exprimant son soutien aux positions américaines concernant le conflit en Iran, se retrouve plus isolé que jamais. Ce constat se vérifie tant au sein de la coalition gouvernementale que parmi ses partenaires européens.
Lors de son intervention du 1er mars, Merz ne désigne pas explicitement une “violation du droit international”. Au lieu de cela, il justifie l'intervention en affirmant que “la condamnation des abus de l'Iran et les sanctions imposées n'ont eu qu'un faible impact ces dernières années”, comme le souligne le quotidien berlinois Tagesspiegel.
Cette déclaration a provoqué l'ire du vice-chancelier Lars Klingbeil et du SPD (Parti social-démocrate), qui y voient une déviation du discours commun de la coalition.
Après cet incident, le chancelier CDU a déclaré ne pas désirer entrer dans “une guerre sans fin” et a exprimé que l’Allemagne n’avait “aucune intention de nuire à l’intégrité territoriale de l’Iran”. Cette position a semblé apaiser temporairement les tensions internes, comme le rapporte le Frankfurter Allgemeine Zeitung, mais n’a pas apaisé le mécontentement au niveau européen.
Une “trahison” envers un allié
Depuis la rencontre entre Merz et Donald Trump, les relations entre Madrid et Berlin se sont détériorées. “Le chancelier tente de joindre ses homologues espagnols, mais c'est le silence”, rapporte Der Spiegel. Trump a sévèrement critiqué le Royaume-Uni et l'Espagne, les qualifiant d’alliés “déplorables” après leur refus d'accorder aux États-Unis l'accès à leurs bases aériennes en raison des hostilités avec l'Iran.
En soutenant les critiques de Trump, Merz risque de positionner l'Allemagne comme “un vassal” des États-Unis, une assimilation dénoncée par le quotidien britannique The Times. Les propos de Merz ravivent des blessures anciennes, rappelant les mesures d’austérité imposées à Madrid durant la crise de l’euro, qui avaient marqué les esprits.
Le journaliste Steffen Lüdke, dans le Spiegel, évoque cette erreur stratégique de Merz qui, en essayant de renforcer sa position, met l'Allemagne en porte-à-faux vis-à-vis de la population espagnole, pourtant favorable à l'UE.
La continuité d’une politique étrangère controversée
Jan Opielka de la Berliner Zeitung s'interroge sur cette évolution, rappelant les millions de manifestants en 2003 qui s’étaient opposés à la guerre en Irak, alors que l’Allemagne se positionnait contre. Aujourd’hui, la situation est inversée.
Velten Schäfer du Der Freitag déplore que “la débâcle de la politique étrangère allemande se prolonge”. Le Süddeutsche Zeitung soulève les conséquences d’une telle conduite : “cela équivaut à enterrer le droit international”, un point de vue qui inquiète des experts comme Mehrdad Payandeh dans le Handelsblatt, qui prédit un affaiblissement de la crédibilité allemande et, par voie de conséquence, un renforcement des divisions au sein de l’Union européenne.







