Des chatbots répondant aux questions des électeurs à Grenoble, une hymne de campagne créée avec l'intelligence artificielle pour le maire sortant de Compiègne, et des vidéos en réalité augmentée illustrant les projets des candidats à Cherbourg-en-Cotentin. Pour la première fois, l'IA s'immisce de manière significative dans les élections municipales, comme le souligne Paul Bournais, expert en communication politique.
En effet, la technologie est devenue omniprésente dans les campagnes électorales. Paul Bournais, président de l'agence de communication politique Lab Electoral et adjoint au maire de Pellerin (Loire-Atlantique), remarque que la moitié de ses 60 clients utilisent l'IA. "Les élections municipales attirent plus de candidats, ce qui augmente la concurrence et incite à développer des outils novateurs comme l'IA", explique-t-il.
Des outils concrets et engageants
Cela est particulièrement vrai pour Camille Margueritte, candidate de droite à Cherbourg, qui utilise des vidéos en réalité augmentée. "Ces supports permettent de rendre les projets plus tangibles. Les électeurs peuvent visualiser les transformations proposées", précise sa community manager. Ses publications, relayées sur TikTok, rencontrent un franc succès.
Toutefois, le développement de l’IA n’est pas sans conséquences. Des dérives ont déjà été observées. Lors des législatives de 2024, l'IA avait été utilisée pour créer des deepfakes, perturbant ainsi le paysage électoral. Récemment, la candidate RN à la mairie de Beauvais a dénoncé la diffusion d'une vidéo truquée d'elle-même, illustrant les risques de manipulation. Autre incident notable, des images déformées circulant sur les réseaux sociaux pour discréditer des candidats dans le cadre des municipales de 2026.
Vers une régulation nécessaire
L'utilisation croissante de l'IA dans les campagnes électorales soulève la question de la régulation. Bien que son utilisation soit légale, les normes encadrant cette pratique restent floues. Les contenus générés par l'IA doivent être clairement identifiés, mais la mise en œuvre de ces règles s'avère complexe. La candidate Sarah Knafo utilise un chatbot, mais avertit que "les réponses fournies peuvent comporter des erreurs, ce qui souligne encore une fois les limitations de cette technologie".
Dans un contexte où l’IA peut altérer les perceptions et fausser le débat démocratique, il devient impératif que les acteurs politiques, électoraux et réglementaires réfléchissent à l'avenir de l'IA en politique. Alors que la technologie est promise à une expansion sans précédent, il est essentiel de s'interroger sur ses implications éthiques et démocratiques pour préserver l'intégrité des élections futures.







