À quoi joue le patronat ? En invitant Jordan Bardella, le président du Rassemblement National, à déjeuner ce lundi 20 avril, le Medef franchit une étape inédite en direction du RN. Bien que les dirigeants des entreprises aient annoncé leur volonté de rencontrer tous les partis, cette invitation officielle constitue un acte significatif pour la principale organisation patronale française.
Ce moment ne semble pas anodin, même si le président du Medef, Patrick Martin, réfute toute intention de rapprochement avec l’extrême droite. Cependant, les signes d'un engouement croissant sont bel et bien là. Déjà, début avril, Marine Le Pen, présidente du groupe RN à l’Assemblée nationale, était présente à un dîner du club Entreprises et Citoyens, partageant la table avec des grands noms du CAC 40 tels que TotalEnergies, Accor, Engie, Renault et LVMH.
Pour le RN, l’enjeu de ces rencontres est clair : afficher une présence aux côtés des figures économiques pour séduire un électorat populaire. Toutefois, la question demeure : comment le RN peut-il dialoguer avec le Medef sur des sujets sensibles comme la retraite à 60 ans sans trahir sa base électorale ? Jordan Bardella appelle directement les acteurs économiques à contribuer avec leurs idées, promouvant ainsi une politique pro-business visant à préserver le pays d'une crise économique potentielle. Ce rapprochement pourrait également représenter un stratagème pour renforcer la légitimité économique du parti dans la perspective de l’élection présidentielle de 2027.
Le pragmatisme politique ne doit pas occulter l'identité du RN
Mais quel intérêt le patronat aurait-il à flirter avec une telle réalité ? Le pragmatisme, affirment certains, dans un contexte où le RN compte 122 députés à l’Assemblée nationale. Dans l’hypothèse où le RN poursuivrait sa montée et pourrait même remporter la présidentielle, le patronat semble désireux d’avoir une oreille attentive et d’infléchir certaines de ses positions.
Le Medef réalise-t-il que cette démarche pourrait contribuer à la banalisation du RN ? En effet, le pragmatisme ne doit pas faire oublier l’historique du parti, qui inclut des éléments profondément antirépublicains. Le projet de réforme constitutionnelle en faveur de la préférence nationale en est un exemple frappant. Dans ce contexte, le rapprochement opéré par le Medef est perçu comme une "erreur tactique et une illusion politique," comme l’a souligné Pascal Demurger, directeur de la Maif, dans une tribune pour Le Monde. Au bal des alliances délicates, le patronat risque de devenir un acteur mineur au service de l’extrême droite.








