La présidence d’Emmanuel Macron a suscité beaucoup d’espoir en 2017, promettant une refonte de la République en marche. Cependant, près de six ans plus tard, un constat s’impose : les ambitions affichées se sont souvent heurtées à une réalité plus complexe. Comme le souligne Marcel Gauchet, un analyste avisé, bien qu'Emmanuel Macron ait voulu incarner le renouveau, il semble n'avoir pas saisi les attentes populaires profondément ancrées dans le contrat social français.
Lors des élections de 2022, la colère exprimée par les électeurs face à des réformes mal perçues montre une fracture significative entre le gouvernement et le peuple. Il est indéniable que l’épidémie de Covid-19 a ébranlé la confiance des Français, accentuée par la guerre en Ukraine, qui a engendré une atmosphère de peur. Ces éléments sont évoqués par des observateurs comme Thierry Pech, qui insistent sur le climat inédit dans lequel le président a navigué (source : *Les Echos*).
La perception de l'amateurisme chez certains opposants, en particulier ceux du Rassemblement National, a renforcé une dynamique de peur, entravant la capacité d'un dialogue constructif. De plus, le mépris souvent attribué à Macron semble venir moins de lui-même que de l'élite qu'il incarne, comme l’analyse le sociologue Pierre Rosanvallon. Cette posture, bien que souvent inconsciente, nourrit le sentiment d’une partie de la population de n’être pas comprise.
La crise politique actuelle révèle des tensions qui dépassent la simple gestion de Macron. Bien que le changement de la Ve République et l'introduction d'une proportionnelle soient souvent perçus comme des solutions, Gauchet avertit que la véritable question concerne la culture politique française, qui résiste à toute transformation radicale. L’absence de légitimité et la montée des contestations sont des signes alarmants d’un malaise persistant (source : *Le Monde*).
D’autre part, le projet de Macron de repositionner volontairement le clivage politique français dans un cadre progressiste-conservateur a échoué. Au lieu d’unir les anciennes droites et gauches, son approche a conduit à une polarisation accrue, renforçant les extrêmes, une division que l’on retrouve dans les analyses de la politologue Claude Bartolone.
Face à des discours qui peinent à unir, la question des engagements militaires en Ukraine a également soulevé des controverses. Les commentateurs, tout en défendant un patriotisme de nécessité, soulignent que restaurer la confiance du public envers la hiérarchie est crucial pour toute forme d'engagement collectif.
En substance, le progressisme autoritaire dont il a parfois été accusé reflète une attitude plus qu’un ensemble d'actions concrètes. La tentative de lutter contre les fausses informations témoigne de cette volonté de contrôler le discours public, mais elle souligne également son irréalisme face à la diversité d’opinions. Comme l'indique l’auteur et essayiste Thomas Blin, une approche plus ouverte au dialogue pourrait favoriser la compréhension plutôt que la division.
En conclusion, pour qu'Emmanuel Macron soit perçu comme un grand président, il aurait eu besoin de puiser d'abord dans une connaissance approfondie et une affection pour la France, au lieu de se concentrer sur une évolution personnelle. Si son image d’un dirigeant moderne semble séduisante, cela ne suffit pas à masquer le fait qu'il n’a pas totalement compris la véritable essence de son peuple.







