Après un long parcours législatif de deux ans et demi, le Parlement français a adopté, ce lundi, une proposition de loi déterminée à freiner l'essor de l'ultra fast fashion, représentant notamment le géant Shein. Cette mesure vise à équilibrer les enjeux écologiques et l'emploi national.
Le texte, porté par la députée Anne-Cécile Violland (Horizons), introduit des sanctions financières et impose une interdiction de publicité ciblée. Le ministre du Commerce, Serge Papin, a salué cette initiative comme une réponse « juste et forte » face à une tendance qui prolifère rapidement.
Shein, Temu et AliExpress sont identifiés comme les principaux contributeurs à cette culture de consommation effrénée, dont le modèle économique repose sur l'accumulation perpétuelle. La fast fashion, responsable de près de 10 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre, inonde le marché avec une offre de vêtements bon marché qui génère un excès de déchets.
Adoptée récemment par l'Assemblée nationale, cette proposition a trouvé un écho favorable au Sénat. Le ministre délégué à la Transition écologique, Mathieu Lefèvre, a affirmé que la France « ouvre une voie » tout en assurant que la loi ne culpabiliserait pas les consommateurs et préserverait les emplois locaux.
La réforme cible spécifiquement ce qu'elle qualifie de « mode ultra-express », définie par des critères tels que l'ampleur de la gamme de produits et l'incitation à la réparation des vêtements, se concentrant ainsi sur de grandes plateformes asiatiques tout en épargnant les marques européennes ou françaises comme Zara ou Kiabi.
Cependant, le cadre restreint de la réforme suscite des critiques. Des parlementaires de gauche, comme le député Charles Fournier, estiment que l'initiative a été affaiblie sous la pression des lobbies et que des marques comme Zara et H&M ne sont pas de véritables modèles de durabilité, comme rapporté par Franceinfo.
De nombreuses associations, notamment Stop Fast Fashion, qui inclut Emmaüs et Max Havelaar, ont exprimé leur mécontentement face à ce qu'elles considèrent comme une version « amoindrie » du texte initial.
Dans une riposte aux critiques, Anne-Cécile Violland a souligné que l'objectif est d'agir rapidement, en frappant fort sur des acteurs comme Shein sans délais excessifs. La loi impose un malus financier par produit qui se renforce dans le temps, avec des pénalités pouvant atteindre 20 euros par article d'ici 2030.
Un nouveau règlement prévoit également que les entreprises d'ultra fast fashion doivent promouvoir des messages de sobriété et de durabilité sur leurs plateformes. De plus, la loi interdit la publicité pour ces marques via tous les canaux, y compris les influenceurs, mais certains experts, comme Sylvie Valente Le Hir (LR), expriment des inquiétudes sur sa conformité avec le droit européen, rapportant que cela pourrait entraîner des complications juridiques.
En dépit des difficultés potentielles, le gouvernement s'efforce de poursuivre cette initiative pour établir des normes plus strictes autour de la fast fashion, marquant ainsi un engagement fort pour un secteur de la mode plus responsable.







