Sous une pression grandissante des deux côtés de l'échiquier politique, Gérald Darmanin a exigé lundi une "mobilisation générale" pour "faire la lumière" sur les échecs entourant l'affaire Lyhanna, tout en écartant toute idée de démission. Dans le même temps, Yaël Braun-Pivet a réclamé un examen accéléré d'un texte de loi sur les violences sexistes et sexuelles à l'Assemblée.
Le ministre a souligné lors d'une conférence de presse que "ni les ressources, ni les lois ne nous faisaient défaut, mais nous avons omis de prioriser les violences sur les mineurs." Il a ainsi demandé aux procureurs généraux de réexaminer l'ensemble des plaintes relatives aux enfants, ce qui représente environ 70.000 dossiers.
Darmanin a insisté sur la nécessité d'un état des lieux détaillé, "tribunal par tribunal, commune par commune" des plaintes, avant de rencontrer les procureurs individuellement pour discuter de la situation. Marie-Suzanne Le Quéau, procureure générale de Paris, a ajouté que ce moment représentait "un échec collectif" et qu'il était impératif de "regarder les choses en face".
La journée a commencé par une marche blanche à Fleurance (Gers) en mémoire de la collégienne, marquée par une forte émotion, alors que des groupes féministes et de protection de l'enfance ont prévu des rassemblements devant les tribunaux plus tard dans la soirée.
À Bobigny, en Seine-Saint-Denis, des magistrats ont critiqué l'hypocrisie de Darmanin concernant la priorisation des affaires liées aux violences envers les enfants, dénonçant également l'impuissance des pouvoirs publics face à la situation alarmante de la protection de l'enfance.
Suite à la découverte tragique du corps de la fillette de 11 ans et aux révélations sur les plaintes pour viols, Darmanin a d'abord exprimé son choc, mais a ensuite souligné les "dysfonctionnements inacceptables" du système étatique. Il a promis que des mesures seraient prises pour corriger ces "défaillances extrêmement graves".
Le ministre, pilier du gouvernement, a écarté les suggestions de démission suite aux pressions de l'opposition, en affirmant que le ministère ne pouvait être tenu responsable des erreurs qui ont conduit à cette tragédie. Il a aussi rappelé que le Parlement avait le devoir de le contrôler.
Les auditions devant le Sénat se tiendront dès demain, et Yaël Braun-Pivet a demandé à ce qu'une proposition de loi sur les violences sexistes et sexuelles soit inscrite à l'agenda parlementaire, soulignant l'importance d'une réponse globale.
La plainte qui a soulevé tant de controverses avait été déposée en août 2025, et les lenteurs du traitement des dossiers sont au cœur des critiques formulées par le ministère de la Justice.
Ludovic Friat, président de l'Union syndicale des magistrats, a fustigé le fait que des magistrats soient tenus pour responsables et menacés face à des dysfonctionnements systémiques. Malgré des augmentations budgétaires, la France reste sous équipée en magistrats comparativement à d'autres pays européens, ayant seulement trois procureurs pour 100.000 habitants, alors que la moyenne européenne est de 12,2.







