178 ans après l'abolition, les députés se préparent à supprimer le Code noir

Le vote marquera une étape symbolique après près de deux siècles d'oubli législatif.
178 ans après l'abolition, les députés se préparent à supprimer le Code noir
©JOEL SAGET, AFP - Une statue de Jean-Baptiste Colbert, artisan principal du Code noir de 1685, sur le parvis du Palais Bourbon, siège de l'Assemblée nationale, le 10 juillet 2024 à Paris

Dans un moment marquant pour la France, les députés sont sur le point de voter pour l'abrogation du "Code noir", lors d'une séance prévue jeudi. Cette initiative, considérée comme un acte symbolique, intervient dans le contexte délicat des réparations pour les injustices du passé. Ces textes, qui datent du XVIIe et XVIIIe siècles, n’avaient jamais été formellement abrogés après 1848, malgré l'abolition de l'esclavage.

Le vote devrait se tenir au Palais Bourbon, un lieu chargé d'histoire, où se dresse une statue de Jean-Baptiste Colbert, l'architecte du Code noir de 1685. Ce dernier, reconnaissant les esclaves comme des "êtres meubles", à l’instar des biens matériels, avait instauré des sanctions cruelles, allant jusqu'à la peine de mort pour les fugitifs.

La proposition de loi, menée par Max Mathiasin (Guadeloupe) et soutenue par une large coalition politique, sera examinée dans le cadre des initiatives du groupe centriste Liot. Emmanuel Macron a exprimé son soutien lors d’une récente allocution, affirmant que garder ces textes dans le droit français revient à trahir les valeurs de la République. "Il est temps de sortir ces vestiges juridiques de l'oubli, par respect pour toutes les victimes de l'oppression", a-t-il déclaré.

Ce vote sera l'occasion de revenir sur les conséquences de l'histoire esclavagiste et coloniale française, dont les effets se manifestent encore aujourd'hui par des inégalités entre la métropole et les Outre-mer. En effet, le texte inclut un aspect visant à forcer le gouvernement à examiner l’impact du droit colonial sur le racisme et à réévaluer l'enseignement de l'histoire de l'esclavage dans les écoles.

La question des réparations est au cœur des discussions. Lors d’un événement à l’Élysée, le président a reconnu que ce dossier vaste ne doit pas être ignoré, mais a évité de s'engager sur des mesures concrètes. Dans les Outre-mer, des personnalités comme Béatrice Bellay (PS) plaident pour un passage clair "de la mémoire à la réparation" et évoquent la nécessité d'une loi-cadre sur ce sujet crucial.

Plusieurs députés ont rappelé qu'après l'abolition, les seules indemnités versées avaient bénéficié aux anciens propriétaires d’esclaves, laissant leurs victimes sans soutien. Philippe Naillet (PS) a mis en lumière le fait que les inégalités persistent, arguant en faveur d’une redistribution des moyens publics plutôt que de simples compensations financières.

Bien que le texte débattu ne traite pas spécifiquement des réparations, son auteur ne souhaite pas masquer la complexité de la question en l'intégrant. Toutefois, cela ne doit pas être interprété comme un obstacle à la nécessité d'aborder ces enjeux fondamentaux, selon ses propres mots.

Le texte, une fois adopté, sera envoyé au Sénat, mais aucune date pour cet examen n'est encore fixée.

Lire aussi

L'Alberta face à la tentation d'une indépendance : un 51e État américain en quête de sens ?
Un référendum en Alberta pourrait ouvrir la voie à une indépendance, attirant les inquiétudes de plusieurs élus sur son impact économique et politique.
10h27
Les entreprises face à la chaleur : les mots de Jean-Pierre Farandou
Dans une interview, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail, aborde les défis climatiques et géopolitiques de la France, ainsi que les mesures d'urgence face à la canicule.
10h03
178 ans après l'abolition, les députés se préparent à supprimer le Code noir
Les députés français s'apprêtent à voter pour l'abrogation du Code noir, un acte symbolique 178 ans après l'abolition de l'esclavage. Un débat crucial pour la mémoire collective et les réparations.
09h03
La cohabitation politique au Sénégal : Sonko face à Faye et au défi de la démocratie
Découvrez comment la cohabitation entre Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye pourrait redéfinir la démocratie au Sénégal.
27 mai
Tondelier fustige l'impréparation gouvernementale face à la chaleur
Marine Tondelier critique l'impréparation du gouvernement face à la canicule. Réunion et mesures en cours.
27 mai
À Agen, les écoles se préparent à la canicule avec climatisation et ventilateurs
Découvrez comment Agen s'adapte à la canicule avec des mesures comme la climatisation dans les écoles et des ventilateurs dans chaque classe.
27 mai