Boycottée cette année par plusieurs pays, la 70e édition, prévue en mai à Vienne, promet d'être plus politique que jamais. Éclairage avec les auteurs d'un ouvrage sur la "Géopolitique de l'Eurovision".
Les boycotts, les tensions géopolitiques et les votes par blocs illustrent comment l'Eurovision, dont la finale se déroulera le 16 mai 2026 à Vienne, transcende le simple divertissement. Les chercheurs Cyrille Bret et Florent Parmentier, auteurs de l'ouvrage Géopolitique de l'Eurovision : la bande-son de la construction européenne, paru le 12 mars, analysent ce phénomène.
Sous ses airs kitsch, l’Eurovision s'avère être un outil de soft power constamment affecté par l'actualité. Selon Cyrille Bret, chercheur à l'institut Jacques Delors, et Florent Parmentier, politologue à Sciences-Po, cet événement musical est en réalité un véritable catalyseur d'influence.
Soixante-dix ans après sa fondation, l’Eurovision parvient-elle encore à rassembler ?
Florent Parmentier : « L’Eurovision continue d’unir. Qu'il s’agisse d’un petit pays comme Saint-Marin ou d'une grande nation comme l'Allemagne, chaque participant dispose de trois minutes de visibilité. Ce format, tout en restant dans le registre kitsch, favorise une compréhension interculturelle, et la dérision est même une marque de fabrique du concours. »
Le règlement impose une neutralité politique. Est-ce vraiment respecté ?
Cyrille Bret : « L’Eurovision souffre de la même problématique que les Jeux olympiques, censés promouvoir la paix, mais souvent devenus le terrain de jeu des rivalités géopolitiques. Si le règlement prône une apolitique affichée, au fond, c'est bel et bien une arène politique où la compétition se joue à travers les médias et non sur des territoires. Les armes utilisées ici sont des chansons et des chorégraphies. »
Un puzzle pour les organisateurs
Comment interprétez-vous le boycott par plusieurs pays, dont l'Espagne et les Pays-Bas, en raison de la participation d'Israël lié aux événements à Gaza ?
C. B. : « Ce boycott est une prise de position politique claire. Ces pays estiment qu'il ne faut pas offrir à Israël une scène de visibilité et de légitimité. Ils pensent tous que l'Eurovision est un puissant levier d'influence. Cette conviction a également motivé l'exclusion des médias russes et biélorusses en raison de la guerre en Ukraine. »
F. P. : « La situation économique complique également les choses. Organiser une finale coûte entre 20 et 30 millions d'euros, ce qui représente un investissement non négligeable pour un diffuseur public. Il faut également tenir compte du fait que des sponsors, comme Moroccanoil, ont des liens avec Israël ; un boycott total pourrait signifier la perte de leur soutien. »
Peut-on prévoir une édition bouleversée, surtout avec le contexte actuel ?
C. B. : « On peut s'attendre à une forte présence de symboles palestiniens. Les producteurs de l’événement, ORF, devraient s'efforcer de garder ces signes hors de l'écran, tout en maintenant une apparence de normalité pour la candidature d'Israël. Cela promet un vif débat, rappelant des éditions passées, où la scène a servi de plateforme pour dénoncer des régimes autoritaires. »
Pourquoi la France ne parvient-elle plus à gagner depuis Marie Myriam en 1977 ?
F. P. : « C'est une question complexe, impliquant de nombreux facteurs. Toutefois, récemment, la France a connu un léger regain avec des classements honorables. La performance de Monroe jouera un rôle essentiel, surtout dans sa capacité à aborder les questions géopolitiques durant sa promotion. »







