Brésil : justice rendue six ans après l'assassinat de Marielle Franco

La condamnation de deux anciens élus met en lumière la lutte contre les milices au Brésil.
Brésil : justice rendue six ans après l'assassinat de Marielle Franco
La Cour suprême du Brésil a condamné mercredi les frères Chiquinho et Domingos Brazao à 76 ans de prison pour avoir commandité l’assassinat de Marielle Franco en 2018. Renan OL

Le 25 février dernier, la justice brésilienne a tranché en condamnant deux ex-politiques, Chiquinho et Domingos Brazao, à une peine de 76 ans de réclusion pour leur implication dans l'assassinat de Marielle Franco. Cette élue, connue pour son engagement en faveur des droits des communautés défavorisées, a été abattue en 2018 dans un acte qui a suscité une profonde indignation tant au Brésil qu'à l'international.

La Cour suprême a mis en lumière les liens troubles entre les institutions politiques et les milices opérant à Rio de Janeiro. Selon les juges, les Brazao ont orchestré ce meurtre pour punir Franco de ses efforts visant à contrer leurs activités illicites dans les favelas.

L'ex-député Chiquinho Brazao, âgé de 62 ans, et son frère Domingos, 60 ans, ont été décrits comme étant non seulement des complices, mais aussi des figures intégrantes des milices qui contrôlent des secteurs entiers de la ville. Remis en question par le magistrat Alexandre de Moraes, ces derniers seraient la représentation même d'une criminalité enracinée dans la politique carioca.

Les implications d'un meurtre aux répercussions profondes

Marielle Franco n'était pas seulement une élue ; elle était un symbole de résistance, surtout pour les jeunes Noirs et les membres de la communauté LGBT+. Son assassinat a envoyé un message inquiétant au sein de la classe politique de Rio, dénoncé par la Cour comme étant empreint de racisme et de misogynie. "Elle a osé s'opposer aux intérêts des miliciens, d'hommes et de Blancs" a commenté Moraes, ce qui témoigne des défis que rencontrent encore aujourd'hui les voix qui s'élèvent contre l'injustice.

Franco, originaire d'une favela, était une ardente défenseure des droits civiques et avait été victime d'un attentat le 14 mars 2018 qui a causé sa mort, ainsi que celle de son chauffeur.

Comme l'a souligné Carmen Lucia, membre de la Cour suprême, "combien de Marielle le Brésil va-t-il encore laisser assassiner ?" Cette question résonne comme un cri d'alarme au sein de la société brésilienne, toujours marquée par la violence politique et sociale.

Des paroles qui résonnent dans le vide

Les frères Brazao, bien qu'ils aient nié leurs actes, ont été reconnus coupables également de tentative d'homicide sur l'assistante de Franco, qui a miraculeusement survécu. En créant une fausse narration, leur défense tente de masquer la réalité d'une corruption profondément ancrée dans le système politico-criminel du pays.

En 2024, un autre homme, Ronnie Lessa, a été condamné à 78 ans de prison et a reconnu son rôle dans le meurtre, affirmant avoir agi sous la pression d'une somme d'argent conséquente destinée à commettre ce crime.

Face à cette tragédie, la présence de membres de la famille Franco lors du procès, notamment Anielle Franco, actuelle Ministre de l’Egalité raciale, a apporté un instant de justice, bien qu’incomplète. Les pleurs et les étreintes étaient le reflet d'une douleur partagée et d'une quête continue de justice dans un pays en proie aux violences et à l'inégalité.

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