«Papan avait revêtu son unique costume, il était superbe en bleu marine, un garçon timide aux yeux pétillants», raconte l'un des élèves lors de ce voyage exceptionnel.
Les élèves de la classe de troisième B du collège Yves-du-Manoir à Floirac sont revenus avec des centaines de souvenirs, mais la rencontre avec Papan, le jeune garçon qu'ils parrainent depuis trois ans, reste gravée dans leur mémoire. C'est grâce à cette relation qu'est née l'idée d'un projet fou : transporter vingt-huit jeunes et leurs professeurs vers les montagnes du Sud de l'Inde, à 700 kilomètres de Madras.
Ce voyage est remarquable, non seulement par son audace, mais aussi par l'âge de ses participants (de 14 à 16 ans) et le fait qu'ils n'avaient jamais voyagé auparavant. Au collège, les séjours à l'étranger étaient rares, souvent limités à des immersions linguistiques en Europe.
Un objectif ambitieux
Leur destination, le village de Bommannagar, perché à 2200 mètres d’altitude, visait à deux choses : rencontrer Papan, enfant parrainé dans le cadre de l'organisation Aide et Action, et construire une école financée par des sponsors. Le 9 février, les jeunes partent avec des rêves, des sacs à dos, et l'enthousiasme d'une nouvelle aventure. Leur périple les a conduit, après quelques escales, à Madras, où ils se sont confrontés à la chaleur étouffante du climat indien.
Lors de leur arrivée, ils ont été frappés par les contrastes. «Juste après l'aéroport, la ville était magnifique avec ses grands bâtiments, mais en dehors, il y avait des toits de chaume, j'ai été choqué par cette pauvreté,» raconte Christophe Reiss, 14 ans.
Construire avec le cœur
Le village où vit Papan est principalement habité par des Intouchables, une caste historiquement défavorisée. Les enseignants, dont Mme Françoise Riboulet, ont été motivés par le désir d'aider ces familles dans le besoin, en finançant la construction d'une école. Avec l'aide de l'organisme humanitaire, les élèves ont découvert que des pierres et briques attendaient déjà leur arrivée, prêtes à être mises en œuvre avec l’aide de maçons locaux.
En seulement deux jours, ils ont pu bâtir une salle de classe, malgré quelques difficultés logistiques, comme le transport des matériaux sur un kilomètre et demi, le tout à la force des bras.
«Les femmes du village se moquaient de nous, regardant nos efforts avec amusement alors qu’elles portaient des charges bien plus lourdes que nous», se souvient Laurence, 16 ans.
Un accueil mémorable
Malgré quelques incidents mineurs, les élèves ont été accueillis chaleureusement par les villageois. Le jour de leur arrivée, une fête a été organisée en leur honneur, prouvant que même dans la pauvreté, l'humain sait partager et célébrer. «Ils nous ont servi du riz et veillaient à remplir nos verres d'eau,» témoigne Sandra, 15 ans. Le spectacle de la misère a parfois suscité des émotions intenses chez certains d’entre eux, ajoutant à la richesse de l’expérience.
Le bal des rituels
Logés dans une auberge en dortoirs, ces jeunes ont fait face à de vives températures, mais leurs cœurs étaient remplis de joie. Lors d'une cérémonie pour poser la première pierre, ivoire et encens ont été utilisés, symbolisant le respect accordé à cette nouvelle étape dans la vie des villageois. Chacun pouvait prier selon ses croyances.
À leur retour, le bilan était positif. Non seulement l'école avait été construite, mais il resterait aussi des fonds pour soutenir le développement agricole du village. «Nous voulons les aider à devenir indépendants en maîtrisant leur agriculture,» conclut l'un des professeurs.
Les sponsors, comme M. Fourcade de Total, ont exprimé leur fierté envers cette initiative, soulignant son importance pour le développement et la coopération internationale.







