Jeudi, l'Assemblée nationale du Venezuela a adopté à l'unanimité une loi d'amnistie visant à libérer plusieurs détenus politiques, marquant ainsi un tournant majeur dans la politique du pays. Cette décision survient moins de deux mois après la capture du président Nicolas Maduro lors d'une opération militaire américaine, le 3 janvier.
"La loi pour la coexistence démocratique est désormais adoptée et sera transmise à Delcy Rodriguez, la présidente par intérim, pour promulgation," a annoncé Jorge Rodriguez, président de l'Assemblée, qui est également le frère de la présidente. En janvier, cette dernière avait déjà exprimé son intention de faire adopter cette loi sous la pression croissante des États-Unis.
L'annonce de cette loi a été accueillie par des applaudissements nourris des membres de l'assemblée. Les députés ont unanimement approuvé les trois articles au terme de longs débats, ayant reporté la discussion initialement programmée pour le 12 février.
Cette amnistie couvre des événements qui se sont produits durant treize périodes délimitées, alors que certains escomptaient qu'elle englobe complètement la période 1999-2026, y compris les mandats d'Hugo Chavez (1999-2013) et de Nicolas Maduro (2013-2026).
Bien que le gouvernement parle souvent de participation à des "faits violents", l'opposition a réussi à modifier le texte pour mentionner les "manifestations et faits violents". Pour de nombreux analystes, cette distinction est capitale.
La loi introduit également la possibilité pour des exilés de mandater des personnes devant les tribunaux, stipulant que quiconque ayant demandé l'amnistie ne pourra pas être emprisonné pour les faits visés par la loi.
Cependant, plusieurs exclusions de taille ont été établies. Les personnes reconnues coupables de "violations graves des droits de l’homme, crimes contre l’humanité et crimes de guerre" ne pourront pas bénéficier de l'amnistie. Cela inclut les cas d'homicides et de trafic de drogue, ainsi que les infractions liées à des actes de corruption.
De plus, ceux qui ont "promu ou facilité" des actions armées contre le Venezuela ainsi que les membres importants de l'opposition, comme Maria Corina Machado, lauréate du Prix Nobel de la Paix, semblent être exclus de cette mesure. Ce dernier point a suscité de vives discussions au sein de la société, notamment sur les réseaux sociaux. Gonzalo Himiob, directeur de l'ONG Foro Penal, a exprimé sur X que "l'histoire est en train de s'écrire maintenant".
Malgré des progrès notables, l'ONG a rapporté qu'environ 600 personnes demeurent encore derrière les barreaux, tandis que le gouvernement a libéré près de 450 détenus politiques. Des familles ont même campé aux abords des prisons depuis le 8 janvier, attendant la promesse de libérations.
La loi met un terme aux procédures judiciaires en cours contre ceux qui ont récemment recouvré la liberté. Selon plusieurs experts des Nations unies, cette amnistie pourrait s'avérer bénéfique pour les victimes et leurs familles, ainsi que pour la société vénézuélienne dans son ensemble. Ils estiment cependant que la loi doit se concentrer sur les victimes de violations des droits de l'homme tout en excluant les accusés de crimes graves.
Enfin, les proches de détenus ayant entrepris une grève de la faim à la prison de Zona 7 de Caracas ont mis fin à leur mouvement suite à cette annonce.
Ce débat au sein de l'Assemblée a été précédé d'une visite à Caracas du général Francis Donovan, chef du commandement militaire américain pour la région. Cette rencontre avec Delcy Rodriguez et d'autres ministres souligne l'effort croissant de Caracas pour rétablir des relations avec Washington, notamment à travers des réformes juridiques et l'ouverture à l'investissement privé dans le secteur pétrolier.







