Les agriculteurs européens, et particulièrement ceux en France, sont confrontés à une inquiétante crise de surproduction de pommes de terre, entraînant une chute des prix significative. Cette situation alarmante résulte de plusieurs facteurs interconnectés.
À la mi-janvier, une action symbolique a eu lieu à Paris, où une montagne de pommes de terre a été déversée devant l'Assemblée nationale, illustrant le mécontentement des agriculteurs face à la forte baisse des prix.
Pour éviter le gaspillage, des producteurs comme celui de Monchy-le-Preux, près d'Arras, choisissent de donner leurs surplus. "C'était vraiment histoire de ne pas gâcher la marchandise", confie Vivien à RTL. Ce phénomène de surproduction est en grande partie lié à des conditions climatiques favorables, mais aussi à une augmentation rapide des surfaces cultivées en France. François-Xavier Broutin, directeur des affaires économiques au CNIPT, souligne ce déséquilibre entre l'offre et la demande : "Cette année, l'industrie achète moins de pommes de terre, et les producteurs subissent cette surproduction avec des prix qui chutent".
Un marché saturé pour l'industrie
Le réseau NEPG, représentant les principaux producteurs européens, met en garde contre les risques d'une surproduction dans la région. La récolte de pommes de terre en 2025 pourrait atteindre 30 millions de tonnes, soit une hausse de 10% par rapport à l'année précédente. La majorité de cette surproduction concerne la pomme de terre destinée à l'industrie, notamment pour les frites.
Geoffroy d'Evry, président de l'Union Nationale des producteurs de pommes de terre, avertit que "le marché mondial de la consommation de pommes de terre transformées croît, mais le rythme de production dépasse désormais la demande". Ainsi, de nombreux producteurs se retrouvent avec des stocks invendus.
Les défis de la concurrence mondiale
Selon le réseau NEPG, la demande de frites surgelées a diminué, notamment à cause de l'augmentation des droits de douane américains et d'une monnaie euro forte, qui pénalisent les exportations. Les producteurs chinois et indiens, de leur côté, ont considérablement accru leurs exportations de frites vers les pays voisins.
En France, l'arrivée de nouvelles usines, comme celle près de Dunkerque, avec une capacité de 1.400 tonnes par jour, pourrait aggraver la situation. François-Xavier Broutin évoque cette crise comme "conjoncturelle", mais reconnait que les prix bas pèsent lourd sur la rentabilité des producteurs.
Alors que la consommation de pommes de terre reste stable, à environ 52 kilos par personne par an, les producteurs sans contrats industriels se retrouvent dans une impasse, avec un marché saturé. Les prochains mois seront cruciaux pour la pérennité de cette filière.







