La compétition pour l'IA générative incite la France à soutenir l'implantation de grands centres de données. Cependant, ces initiatives rencontrent des oppositions sur le terrain.
Les mégaprojets, à la croisée des avis, engendrent une dynamique où les data centers, qui sont considérés comme les usines numériques modernes, poussent en France grâce à des politiques favorables dans un contexte concurrentiel mondial. Pourtant, ces structures énergivores suscitent de vives inquiétudes parmi la population.
Un an après un investissement massif de 109 milliards d'euros dans l'IA, la France a récemment enregistré 93 milliards d'euros supplémentaires pour des projets de data centers dans les Hauts-de-France. Le gouvernement évalue qu'un besoin de 28,6 gigawatts (GW) d'électricité pourrait surgir pour ces installations. Ce chiffre représente presque la moitié de la capacité nucléaire actuelle du pays, avec 5,8 GW déjà validés pour un site spécifique et des engagements de raccordement. Lou Welgryn, la co-présidente de l'association Data for Good, critique : « Nous assistons à une dynamique sans stratégie claire, cherchant à reproduire le modèle américain de grande envergure. »
Activisme local : une résistance organisée
Selon l'Ademe, la consommation électrique des centres de données pourrait quadrupler d'ici 2035, entraînant une évolution majeure afin de répondre à la montée en puissance de l'intelligence artificielle. Cependant, sur le terrain, certaines communautés accueillent ces projets avec appréhension et s'organisent pour s'opposer. Le collectif Le Nuage était sous nos pieds, basé à Marseille, représente environ trente groupes d'opposants. À proximité de Marseille, la commune des Pennes-Mirabeau s'oppose à la construction d'un data center de 70 MW par l'opérateur japonais Telehouse, conduisant à de vives inquiétudes liées au risque d'incendie, alors que le projet se trouverait à proximité d'une forêt.
Les enjeux régionaux face à la déferlante des centres de données
Ces projets s'exportent au-delà des grandes villes. Cécile Diguet, urbaniste, observe : « L'essor des data centers liés à l'IA implique que leur proximité avec les métropoles n'est plus nécessaire. Des projets de plusieurs centaines de MW émergent souvent dans des zones rurales, entraînant des émissions de carbone en contradiction avec les efforts écologiques locaux. » Bien que la France bénéficie d'une électricité à 95 % décarbonée, de nombreux centres recourent à des groupes électrogènes alimentés à partir de combustibles fossiles, exacerbant la pollution.
Gil Avérous, le maire de Châteauroux, se montre optimiste face à l'éventuelle construction d'un data center de Google, soulignant que « les données doivent être stockées quelque part. Cet investissement renforcera notre infrastructure électrique et attirera d'autres industries. » Cependant, l'élu écologiste Jérémie Godet s'oppose à ce projet de 195 hectares, représentant une superficie équivalente à « 279 terrains de football », qualifiant cette installation comme non conforme aux aspirations écologiques de la région.
Les élus et les citoyens expriment bipolarité vis-à-vis des projets — à Wissous, trois associations s'opposent en justice à une tentative de segmentation des projets de data centers qui, selon eux, tente de contourner les régulations environnementales. Maxime Colin de France Nature Environnement souligne : « La législation permissive actuelle est une réponse à la forte pression politique pour attirer les investissements. » Michaël Reffay, représentant France Datacenter, insiste sur le fait que les élus sont souvent désireux d’accueillir ces projets, bien qu'ils soient moins contraignants que d'autres industries. Pour Maxime Efoui-Hess, du Shift Project, cette tendance à privilégier les data centers pourrait nuire à d'autres secteurs, tel que l'électromobilité.
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