Dans l’Afghanistan gouverné par les talibans, le recul des droits des femmes se poursuit. Près de quatre ans après leur retour au pouvoir, un décret publié le 14 mai suscite de vives inquiétudes. Ce texte semble légaliser de manière implicite le mariage des enfants tout en compliquant davantage les possibilités de divorce pour les jeunes filles.
Intitulé Sur la séparation judiciaire des époux, ce décret de 31 articles est censé établir un cadre juridique pour les procédures de divorce. Toutefois, nombreux sont ceux qui le perçoivent comme un nouveau coup porté aux droits déjà fragiles des femmes et des filles en Afghanistan.
La controverse principale se concentre sur l’article 5, qui fait référence aux mariages arrangés d’enfants par des membres de la famille. Selon le décret, une personne mariée mineure pourra demander l’annulation de son union une fois arrivée à la puberté, mais cette annulation ne peut être effective qu'après validation par un tribunal.
Des organisations de défense des droits humains, comme la Mission d’assistance des Nations unies en Afghanistan (MANUA), soulignent que cette disposition équivaut à reconnaitre de manière tacite la légitimité des mariages d’enfants. Le texte laisse entendre que ces unions sont désormais acceptées par les autorités talibanes.
Une interprétation problématique du consentement
Les critiques relèvent également une inégalité manifeste entre les sexes dans cette législation. Le décret stipule que le silence d'une « fille vierge » ayant atteint la puberté est considéré comme un consentement au mariage, une présomption qui n’est pas appliquée aux garçons ni aux femmes déjà mariées, qui ont plus de voies pour contester une union.
Des médias afghans et des groupes de défense des droits des femmes, travaillant depuis l'exil, avertissent que ce texte pourrait sérieusement entraver le divorce pour les adolescentes mariées contre leur volonté, surtout lorsque l'époux refuse toute séparation.
Cette décision s'inscrit dans un contexte déjà alarmant pour les Afghanes. Depuis leur retour en août 2021, les talibans ont progressivement exclu les filles de l'éducation secondaire et supérieure, tout en multipliant les restrictions sur leur accès à l'emploi, leur liberté de mouvement et leur participation à la vie publique.
Des organisations de défense des droits des femmes rapportent que l’interdiction de l'éducation pour les filles a conduit à une montée significative des mariages précoces et forcés. Selon leurs estimations, environ 70 % des jeunes filles concernées ont été contraintes à un mariage avant 18 ans.







