La capitale bolivienne, La Paz, est le théâtre de violentes manifestations antigouvernementales qui se sont intensifiées ces derniers jours, particulièrement contre le président Rodrigo Paz. La situation est devenue si critique que plusieurs banques, dont le Banco Nacional de Bolivia et le Banco Unión, ont suspendu leurs activités, incitant les clients à recourir aux services en ligne.
Des sources comme Reuters rapportent que des employés de ces établissements affirment qu'il est peu probable que les agences rouvrent tant que l'ordre ne sera pas restauré. L’ASOBAN, représentant majeur du secteur bancaire privé, reste discret sur les raisons précises de ces fermetures, tout en assurant un fonctionnement partiel.
En dépit d'un calme apparent en matinée, des groupes de manifestants se dirigent vers La Paz, exacerbés par une grève du transport public à El Alto, limitant encore plus l'accès à la ville. La police a renforcé les mesures de sécurité autour de la Plaza Murillo, où le palais présidentiel est situé.
Les manifestations, portant la voix de paysans, d'ouvriers et d'enseignants, proviennent d'un profond mécontentement face à la situation économique de la Bolivie, décrite par certains comme la plus grave depuis des décennies. Ivan Alarcon, un paysan aymara, a exprimé l'urgence de la situation auprès de l'AFP avec ces mots : «Nous voulons qu’il démissionne parce qu’il est incapable. La Bolivie vit un moment de chaos».
Les mesures de sécurité se sont durcies, avec l'annonce du parquet d'arrêter Mario Argollo, leader du principal syndicat ouvrier, accusé d'incitation à la violence. Des scènes de pillage ont été observées, comme le vol d'équipements au bureau du registre national des biens. Selon des informations de la chaîne Unitel, plus d'une centaine d'arrestations auraient eu lieu, avec au moins deux blessés, confirmant la tension latente dans la ville.
Dans le contexte de ces troubles, le gouvernement en place accuse l'ancien président Evo Morales, actuellement sous un mandat d'arrêt, d’inciter à la violence. Le ministre de l’Économie, José Gabriel Espinoza, a déclaré que les manifestants sont «opérateurs politiques» cherchant à faire revenir Morales au pouvoir.
En réponse à la situation, des partisans d'Evo Morales, après une longue marche de sept jours depuis Oruro, ont manifesté leur soutien aux protestataires à La Paz. Morales lui-même a exprimé sa solidarité sur les réseaux sociaux, dénonçant ce qu'il qualifie de «brutale persécution».
Avec les barrages routiers qui se sont multipliés, la capitale est pratiquement isolée, provoquant des pénuries de biens essentiels comme le carburant et la nourriture. Les autorités ont indiqué qu’elles tenteraient d'établir un «corridor humanitaire» pour atténuer cette crise, alors que la situation économique devient de plus en plus désespérée.
Confrontée à une dette croissante et à une inflation record de 14% en avril, la Bolivie vit sous la menace d’une crise économique aiguë. Les réserves de devises s'épuisent, et les subventions sur les carburants, supprimées en décembre, amplifient la détresse de la population.







