En 2025, les agressions sexuelles, dont plus de 75 % se produisent dans un cadre intrafamilial, ont bondi de 14 %. Cette hausse, qui se manifeste de façon constante depuis neuf ans, coïncide avec une libération de la parole des victimes.
Dans son cabinet, Me Benoît Varin, avocat au barreau de Beauvais, constate un nombre croissant de dossiers d'agressions sexuelles et de violences faites aux femmes. Selon lui, il est évident que la tendance est à la hausse. « Je ne pense pas qu'il y ait nécessairement plus de faits qu'auparavant, mais les victimes, surtout les femmes, sont désormais mieux entendues par les forces de l'ordre. Elles ne subissent plus sans réagir », explique-t-il.
Le préfet de l'Oise, Jean-Marie Caillaud, confirme également l'augmentation des violences. Entre 2024 et 2025, on a enregistré une hausse de 14,1 % des victimes d'agressions sexuelles et de 9,7 % des violences intrafamiliales. Depuis 2016, les violences sexuelles ont crû de 11,4 % et les violences intrafamiliales de 8,5 %.
Un rapport de la Fondation des femmes, publié le 1er décembre, souligne que malgré l'existence des mesures du Grenelle des violences faites aux femmes de 2019, peu d'attention a été accordée aux violences sexuelles. « Les données de 2024 montrent une forte corrélation entre violences sexuelles et conjugales », peut-on lire dans le rapport. L'affaire des viols de Mazan a également mis en lumière ce besoin urgent d'intervention.
Des comportements violents se déroulent devant les enfants
Me Benoît Varin souligne : « On constate beaucoup plus de cas de violences sexuelles au sein du couple qu’auparavant. Des viols par le partenaire étaient presque inexistants dans nos dossiers, et aujourd'hui, les enfants en sont souvent témoins, ce qui peut avoir des conséquences désastreuses. »
Loïc Abrial, procureur de la République de Senlis, abonde dans ce sens : « Plus de 75 % des violences sexuelles se produisent dans le cadre familial. Notre priorité est de lutter contre cette délinquance, et le nombre croissant de victimes ne fait que renforcer notre détermination. » En 2025, les parquets de Beauvais, Senlis et Compiègne ont traité 1 031 affaires de violences, touchant 2 896 victimes, dont 1 466 enfants.
Des associations en première ligne
Le préfet a insisté sur la nécessité d'intensifier les efforts pour offrir des protections aux victimes, notamment en utilisant des dispositifs comme les bracelets anti-rapprochement, les téléphones "grave danger" et les ordonnances de protection.
L'association France Victime 60, qui accompagne les victimes, constate également une augmentation continue des cas. Selon son directeur Cyril Boile, « En 2025, nous avons assisté 4 920 victimes, dont 181 pour des faits sexuels. Au total, 1 009 infractions concernent des actes à l'intérieur du couple, et 667 proviennent de violences sexuelles dans un cadre familial. »
Les victimes osent davantage s'exprimer
La tendance est également attribuée à un taux de poursuites accru. « Avant le Grenelle de 2019, seuls 25 % des victimes de violences sexuelles ou intrafamiliales initiaient des poursuites, aujourd'hui, ce taux frôle les 50 %, » souligne Cyril Boile. Dans son cabinet, Me Valérie Bulard confirme cette évolution : « Mes clients cherchent de plus en plus à ouvrir des procédures. Ils osent davantage demander de l'aide. Les enfants, également, commencent à dénoncer des violences sexuelles, influencés par l'éducation qu'ils reçoivent à l'école sur leur droit de propriété sur leur corps. Cet aspect pédagogique est essentiel pour les aider à s'exprimer. »







