Les avocats de Tariq Ramadan, mis en cause pour des viols sur trois femmes, intensifient leur bataille judiciaire. Le 3 janvier, ils ont déposé une requête demandant la récusation de la présidente du tribunal, Corinne Goetzmann, qu'ils accusent d'ignorer leurs demandes, notamment le report d'une audience programmée durant le mois sacré du ramadan.
En mars prochain, l'islamologue de 63 ans sera jugé par la cour criminelle de Paris, où il conteste fermement les accusations qui pèsent contre lui, évoquant un climat de méfiance à son égard. Malgré un système judiciaire éprouvé, les avocats soulignent que cette demande de récusation est inédite dans le cadre de cette affaire, reflétant un état d'esprit agité parmi les soutiens de l'accusé.
Les réclamations de la défense ne se limitent pas à la récusation. En effet, ils souhaitent également l'ouverture d'un supplément d'information, s'appuyant sur un rapport d'expertise privée qui affirme que les accusations formulées par l'une des plaignantes, Christelle, seraient préméditées. Les avocats relatent qu'ils possèdent des éléments montrant que Christelle aurait assisté à une conférence de Ramadan après les faits allégués en octobre 2009, une version que les juges d'instruction n'ont pas confirmée. Ce procédé de défense pourrait dévoiler une stratégie bien rodée pour disqualifier les preuves présentées contre lui.
Me May-Sarah Vogelhut, l'une des avocates de Tariq Ramadan, a mis en avant le fait que la période de ramadan pourrait affaiblir son client physiquement, ce qui annoncerait un procès inéquitable si les audiences se devaient de se tenir pendant cette période. Ce point a été vigoureusement débattu lors de la réunion préparatoire à laquelle elle faisait référence.
Sur le plan argumentatif, Me Laure Heinich, défenseur des plaignantes, a réagi à ces requêtes en les qualifiant de déjà tranchées lors de l'instruction. Elle a toutefois séduit l'idée que le mois de ramadan ne justifie en rien un report d'audience, renforçant ainsi la nécessité d'une justice rapide et équitable.
Ce procès sera également l'occasion d'aborder la question de l'emprise, un thème central du débat. Les enjeux sont colossaux pour toutes les parties impliquées, compte tenu des impasses légales et des perceptions publiques qui en découlent.
Les prolongements de cette affaire, couplés aux sollicitations incessantes des avocats, placent le cas de Tariq Ramadan au cœur d'un enjeu médiatique, judiciaire et sociétal. L'émergence de données privées et techniques laisse entrevoir un procès aux rebondissements inattendus, tout en illustrant les défis qui attendent la magistrature dans ce contexte.







