Dans un contexte alarmant où les violences intrafamiliales continuent d'augmenter, Éric Corbaux, procureur général près la cour d'appel de Bordeaux, et Gwenola Joly-Coz, présidente de la cour d'appel de Papeete, ont publié un rapport décisif intitulé À vif. Ce rapport, remettant en question le fonctionnement actuel de la justice, appelle à une transformation radicale pour mieux répondre aux besoins des victimes.
Les deux magistrats, reconnus pour leur engagement dans la lutte contre ces violences, ont interviewé de nombreux professionnels du droit ainsi que des victimes. Ils ont constaté une grande incompréhension face aux actions judiciaires, malgré des lois visant à protéger les victimes. En 2024, la France a enregistré plus de 270,000 plaintes d'agression, révélant l'ampleur de cette problématique sociétale. Comme le souligne le Haut Conseil à l'Égalité, entre 600 et 800 suicides forcés, fruits de violences conjugales, sont à déplorer chaque année.
L'Espagne a ambitieux mis en œuvre des réformes qui pourraient servir de modèle pour la France. En intégrant une approche systémique, avec des tribunaux spécialisés dans la violence de genre, le pays ibérique a réussi à réduire de façon significative les cas de féminicides. Corbaux fait remarquer que « la France doit également réaliser une révolution du genre », en reconnaissant le caractère patriarcal des violences.
Le rapport propose la nomination d'un juge spécialisé en violences intrafamiliales, et plaide pour un traitement unifié des affaires civiles et pénales, afin de créer une réponse judiciaire plus cohérente. Cette approche a fait ses preuves à la cour d'appel de Poitiers, où les audiences mixtes ont révélé des résultats positifs.
Outre les femmes, les enfants sont aussi des victimes collatérales. Chaque année, près de 390,000 enfants seraient touchés par des violences intrafamiliales, une réalité à laquelle la justice doit faire face avec rigueur et compassion. Corbaux insiste sur le fait que « si un homme est un mauvais partenaire, il ne peut pas être un bon père ».
Enfin, l’appel à humaniser la justice est également crucial : le traitement des victimes doit absolument tenir compte de leur vécu et de l’impact psychologique des violences. L'objectif est clair : transformer la justice en un lieu de confiance où chaque individu se sent entendu et protégé.
Il est impératif que la France se dote des structures nécessaires à cette démarche. Cependant, Corbaux rappelle qu'aucune nouvelle loi ou investissement couteux n'est requis ; il s'agit plutôt d'une volonté d'organiser efficacement le système judiciaire. Alors que les préoccupations autour de la sécurité des victimes n’ont jamais été aussi cruciales, il semble que le temps soit venu pour une réelle réforme.







