Le swatting, phénomène troublant d'origine américaine, suscite de vives inquiétudes chez les autorités françaises. Ces canulars dangereux consistent à faire intervenir la police sous de faux prétextes, plaçant ainsi des familles innocentes dans des situations dramatiques. Une mère de famille de Saint-Malo, Audrey Jamet, témoigne après avoir subi 16 interventions policières en seulement deux ans.
Chaque fois qu'elle aperçoit des policiers devant son domicile, l'angoisse la grippe. "Toujours, parce que je pense qu'ils peuvent monter chez moi. Donc, j'aime pas trop les voir dans la rue", confie-t-elle. Son calvaire débute en 2023 avec un appel sur son portable. Alors qu'elle est partie faire des courses, elle reçoit un appel de la police l'informant qu'ils sont avec ses enfants, croyant qu'elle serait morte dans sa salle de bain. Pourtant, une semaine plus tard, à 5 heures du matin, l'interphone sonne à nouveau avec la même accusation.
Un enfer pour les victimes
Ce que Audrey pensait être un incident isolé devient une série d'interventions, dont l'une a été particulièrement traumatisante. Lors d'un dîner de famille, elle se souvient : "On entend du bruit dans l'escalier, ça court, puis c'est la police qui force la porte. Tout mon quartier est bouclé. Nous, on pleure dans la salle à manger en leur disant : 'nous sommes vivantes, nous sommes vivantes'".
Victime d'une pratique de plus en plus répandue, le swatting, du nom de l'unité d'élite de la police américaine (SWAT), a pour but de déranger les forces de l'ordre par le biais de fausses alertes. Assassinat fictif, fuites de gaz... Audrey a multiplié les plaintes en vain, transformant sa vie en véritable cauchemar. "Nous ne sortons pas, toujours une personne à la maison. Je n'ai pas pu travailler pendant cette période, par peur d'une intrusion. On vit avec du stress constant et on ne dort plus", raconte-t-elle.
Le swatting : une pratique très répandue dans le milieu des jeux vidéo en ligne
Bien que le fléau ait cessé à l'été 2025, Audrey ne quitte plus son domicile sans laisser un mot pour la police, leur demandant d'appeler son numéro avant toute intervention. À présent, elle sait que son fils, passionné de jeux vidéo, était la cible des plaisanteries cruelles. Le swatting s'est développé ces dernières années parmi les communautés de gamers, dont le but est de perturber les parties en direct et de partager les interventions policières sur les réseaux sociaux.
En effet, en France, le phénomène a explosé, passant de 19 cas recensés en 2015 à 189 en 2024. Sur des vidéos en ligne, on peut voir la BAC de Nancy intervenir pour une fausse blessure par arme à feu, tandis que certains joueurs se réjouissent de leurs actes. L'intervention d'un inspecteur de Lille a permis l'arrestation d'un jeune homme de 16 ans, responsable de plusieurs incidents, qui a déclaré avoir tenté d'évacuer des lieux emblématiques comme l'Élysée et la Tour Eiffel avec de fausses alertes à la bombe.
"C'est vraiment un jeu"
Selon l'adjudant Viktor J. de la gendarmerie des Hauts-de-France, l'individu impliqué se montrait plutôt isolé, passant beaucoup de temps sur son ordinateur. Son intention ? Tout simplement nuire pour le plaisir. "C'est vraiment un jeu. Ils n'ont pas de motivation financière ou légale, juste celle de déranger", explique-t-il. En France, le swatting est passible de deux ans de prison et 30 000 euros d'amende.







