Alors que la colère monte parmi les agriculteurs français, un grand rassemblement est prévu mardi matin à Paris. Plusieurs centaines de tracteurs prendront part à cette manifestation, qui s'inscrit dans une série d'actions initiées pour protester contre des accords de libre-échange jugés menaçants pour la souveraineté alimentaire.
La branche du Grand bassin parisien de la FNSEA, qui regroupe des agriculteurs d'Ile-de-France et des départements voisins, est à l'origine de cette mobilisation. Selon Benoît Raux, secrétaire général de la FNSEA dans le Nord, environ 250 tracteurs arriveront des Hauts-de-France, avec un rassemblement prévu place de la Concorde aux alentours de 6 à 7 heures du matin.
La préfecture de police a déjà validé l'itinéraire de la manifestation, les organisateurs s'étant engagés à respecter les consignes de sécurité. Ce rassemblement devrait se tenir près de l'Assemblée nationale, alors que les agriculteurs dénoncent des conditions de concurrence déloyales liées aux récentes négociations sur l'accord entre l'UE et le Mercosur.
Au Havre, premier port français pour le trafic de conteneurs, des actions de filtrage ont été mises en place. Les agriculteurs contrôlent les camions frigorifiques pour s'assurer de la provenance des produits, dénonçant des normes de production moins rigoureuses à l'étranger. "Nous avons trouvé de la farine étrangère et des soupes contenant des légumes thaïlandais," a déploré Justin Lemaître, secrétaire général des Jeunes Agriculteurs en Seine-Maritime, appelant à un respect strict des normes européennes pour les importations.
La mobilisation autour de ces sujets s'inscrit dans un contexte plus large de mécontentement face à la gestion gouvernementale, exacerbé par la crise de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) bovine et les récents accords de libre-échange. Des manifestations ont également eu lieu à Bayonne où des agriculteurs ont bloqué des sites stratégiques, et à La Rochelle, où des barrages de paille ont été érigés devant des installations pétrolières.
Les partisans de l'accord avec le Mercosur affirment qu'il est essentiel pour renforcer les liens économiques. Toutefois, les opposants s'inquiètent des conséquences pouvant peser sur l'agriculture européenne, avec des produits importés moins chers et potentiellement en dehors des normes de l'UE.
Dans ce contexte, des voix s'élèvent pour réclamer des mesures concrètes du gouvernement. "Les agriculteurs sont dans une détresse immense," a déclaré Franck Hembert, exploitant maraîcher dans le Pas-de-Calais. La ministre de l’Agriculture, Annie Genevard, a reconnu la légitimité de la colère des agriculteurs et a promis des mesures d’aides, tout en admettant que leur efficacité dépendra des discussions budgétaires à venir.
Alors que la ratification du traité dépend d'un vote au Parlement européen prévu en février, le sujet reste très sensible avec des mobilisations similaires également observées dans d'autres pays européens, tels que l'Italie et la Pologne. Un rassemblement national d’agriculteurs est prévu devant le Parlement à Strasbourg le 20 janvier prochain.







