Les patients risquent de ne pas remarquer de changements immédiats, mais chez les radiologues, c'est l'inquiétude qui prime. Après deux mois de pourparlers, les syndicats de médecins libéraux et la Caisse nationale de l'Assurance maladie (Cnam) n'ont pas réussi à établir un accord pour réguler les dépenses en imagerie médicale. De fait, des réductions de tarifs sur certains actes techniques seront imposées dès juillet.
Rappelons que la loi de financement de la Sécurité sociale (LFSS) pour 2025 prévoyait de réduire de 300 millions d'euros les dépenses d'imagerie médicale d'ici 2027. Pour atteindre cet objectif, l'Assurance maladie avait planifié des baisses tarifaires en deux temps : d'abord en octobre 2025, puis en juillet 2026.
Il est important de noter que les tarifs des actes techniques ne doivent pas être confondus avec ceux des consultations. Souvent, les spécialistes ne peuvent pas facturer les deux lors d'une même consultation, ce qui est une source de frustration pour beaucoup de médecins.
En quête de pertinence dans les actes
À la suite d'une grève des médecins à l'automne dernier, des négociations ont été relancées avec les syndicats, visant à améliorer la "pertinence" des actes médicaux. De nombreux médecins pointent une redondance et une inefficacité qui grèvent non seulement leurs ressources, mais aussi le parcours de soins des patients.
Dans un communiqué du 16 juin, la Cnam a pris note de la décision des syndicats de ne pas signer le texte proposé, qui offrait de réduire de moitié les baisses de tarifs initialement prévues et d'introduire de nouveaux programmes de pertinence.
La Cnam a indiqué : "Conformément à la loi, les baisses tarifaires initialement prévues seront mises en oeuvre".
Un rapport de l'Inspection générale des finances (IGF) a révélé que les dépenses liées à l'activité des radiologues en ville avaient atteint 3,8 milliards d'euros en 2024, enregistrant une hausse de 22 % depuis 2019. Les initiatives de pertinence mises en place par l'Assurance maladie n'ont donc pas produit les résultats escomptés.
Une "rupture du contrat de confiance"
Les futures baisses tarifaires affecteront gravement des spécialités telles que la radiologie, la cardiologie, et la médecine nucléaire. Philippe Cuq, co-président d'Avenir Spé-Le Bloc, souligne cette situation comme un signe alarmant d'une "rupture du contrat de confiance" entre les médecins et les autorités sanitaires.
Les syndicats de médecins ont proposé des initiatives visant à améliorer la pertinence des soins, mais se disent déçus du manque de prise en compte de ces propositions par la Cnam, qui semble ignorer les efforts de la profession. Un porte-parole du syndicat SML avertit que les médecins ne refusent pas de contribuer aux efforts de réduction des coûts, mais qu'ils ne veulent pas porter l'entière responsabilité de cet investissement.
"Les médecins libéraux acceptent de participer à l'effort collectif, mais ne souhaitent pas en subir seuls les conséquences, au détriment de l'innovation et des soins aux patients".
La tension entre le corps médical et les autorités sanitaires est palpante et pourrait perdurer, engageant une nouvelle phase de conflit. Cet impasse dans les négociations sur les tarifs des actes s'inscrit dans un contexte plus large, puisque les consultations des spécialistes, notamment celles des médecins en secteur 2, continuent d'afficher des dépassements d'honoraires significatifs.







