Une résurgence inattendue du poulpe a marqué l’année précédente en Bretagne, notamment dans le Finistère, où le céphalopode a dominé les débarquements de certaines criées. Après six décennies d'absence, cette créature fascinante est devenue une véritable aubaine pour les pêcheurs de la région.
"C'est parfois un peu galère de les sortir!", s’exclame Kilian Chanoit, tirant avec effort sur les tentacules d’un poulpe, fermement accroché au fond d’un casier. À la tête du Marc'h Mor, un caseyeur de 12 mètres, ce jeune pêcheur de 24 ans commence sa nuit de travail à 03h00 au port de Lampaul-Plouarzel, visant à relever 400 casiers au large de l'archipel de Molène.
Ce matin-là, bien que beaucoup de casiers semblent vides, d'autres en révèlent jusqu'à quatre poulpes, attirés par un appât stratégique. Les camarades de Kilian, dont le matelot Christophe Corvé, manipulent habilement les prises, entassant les poulpes par dizaines dans un grand sac de chantier. Quelques uns, connus pour leur intelligence, tentent désespérément de grimper hors du sac.
À 10H30, leur retour au port est couronné de succès : un poids total de 550 kilos de poulpes capturés. "C'est une pêche assez simple", déclare Kilian, vantant des coûts d'opération réduits grâce à une navigation peu longue et une équipe restreinte de trois personne seulement. "On n'a pas besoin de collecter beaucoup pour en vivre confortablement".
Si le retour du poulpe avait soulevé des préoccupations parmi certains pêcheurs en 2021, à cause de son rôle de prédateur d'autres espèces marines, comme les homards et les coquilles Saint-Jacques, cette pêche est désormais synonyme de revenus conséquents pour nombre d'entre eux. "Le salaire que nous générons avec le poulpe est inégalable par rapport à celui du poisson", souligne Kilian.
Actuellement, le poulpe se vend en moyenne à 7,5 euros le kilo à la criée de Brest, majoritairement exporté vers des pays comme le Portugal, l'Espagne et l'Italie. Face à une demande croissante, le comité des pêches du Finistère a instauré un système de licences pour réguler la capture et éviter des tensions entre professionnels, une initiative répétée récemment dans les Côtes d’Armor.
Pourtant, la pêche a explosé depuis, atteignant plus de 4.000 tonnes capturées en France en 2025, comparé à seulement 150 tonnes avant 2021, selon Martial Laurans, un chercheur en halieutique à l'Ifremer. Certaines criées, comme celles de Roscoff et Saint-Quay-Portrieux, ont vu leurs volumes augurer de +2.690 % et +1.237 % respectivement.
En dépit de ces statistiques vertigineuses, les experts comme Jean-Pierre Robin, professeur en écologie marine à l'Université de Caen Normandie, mettent en garde contre les variations interannuelles d'abondance naturelles aux céphalopodes, qui ont un cycle de vie d'environ un an. Il explique que les femelles pondent en moyenne 200.000 œufs, mais que leur succès de transformation dépendra de nombreuses conditions environnementales.
La diminution de l'effort de pêche pendant la crise sanitaire de 2020 pourrait également avoir joué un rôle dans cette résurgence, selon Laure Bonnaud-Ponticelli, professeure au Muséum national d'histoire naturelle. Selon Martial Laurans, cette espèce trouve peut-être son chemin de retour dans des habitats dont elle a été absente depuis longtemps.
Kilians Chanoit partage l'espoir que cette ressource demeure présente. "J'espère qu'il sera là le plus longtemps possible!", conclut-il, témoignant de l'enthousiasme des pêcheurs pour cette manne inattendue.







