La situation actuelle de l'industrie pétrolière indienne est alarmante. Selon une analyse de Bloomberg, le directeur des opérations de Reliance Industries, le premier raffineur au monde basé à Jamnagar, s'inquiète face à une situation sans précédent. La guerre israélo-américaine contre l'Iran impacte lourdement cette industrie, entraînant un effondrement des bénéfices.
Les chiffres parlent d'eux-mêmes : Reliance a vu son bénéfice net chuter de 9 % en mars, tandis que Mangalore Refinery a subi une baisse impressionnante de 68 % au premier trimestre. Bien que leur chiffre d'affaires soit en croissance, les marges s'amenuisent rapidement. Un cadre de Chennai Petroleum évoque des "contraintes logistiques et une volatilité des prix du brut" comme des facteurs aggravants.
Les raffineurs indiens sont confrontés à une multitude de défis. Le coût du fret maritime a explosé, atteignant jusqu'à 1 500 dollars par cargaison, comparé à 100 dollars avant la crise. Les primes sur le brut que l'Inde paye s'élèvent à 20-30 dollars par baril, ajoutant à la pression sur les marges bénéficiaires.
Politique publique claire
Selon le cabinet Macquarie, les raffineurs peuvent fonctionner avec un baril à 80 dollars, alors que le Brent est à 108 dollars. Les mesures du gouvernement de Narendra Modi, telles que le gel des prix à la pompe, sont destinées à éviter une hausse excessive pour les consommateurs. De plus, des taxes sur l'exportation de diesel et de kérosène ont été imposées pour freiner toute fuite de carburant à l'étranger.
Bien que ces initiatives soient appréciées par la population, elles ont pour effet de transférer le risque financier aux raffineurs, qui doivent désormais composer avec des pertes importantes pouvant atteindre jusqu'à 100 roupies par litre de diesel raffiné.
Tensions d'approvisionnement
La question d'accès aux hydrocarbures devient cruciale alors qu’Inde a réduit ses importations de pétrole du Moyen-Orient à moins de 250 000 barils en avril, contre 2,8 millions en février. Les sanctions américaines sur le pétrole iranien compliquent davantage la situation, laissant l'Inde dans une concurrence accrue avec la Chine pour des ressources de plus en plus rares.
Dans un contexte où les stocks stratégiques indiens sont trois fois moins importants que ceux de la France, le gouvernement indien se tourne vers des partenaires comme la Russie, dont les importations ont atteint 2,14 millions de barils par jour, compensant ainsi une partie des pertes habituelles.
De nombreux experts s'accordent à dire que la gestion actuelle de la crise par New Delhi, bien que protectrice pour la population, pourrait avoir des conséquences à long terme sur la viabilité économique des raffineurs. Le choix de maintenir les prix bas pour les consommateurs pourrait freiner les investissements nécessaires pour moderniser et sécuriser l'approvisionnement énergétique du pays.







