Alors que le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, tire la sonnette d'alarme sur une possible pénurie à moyen terme, le président Emmanuel Macron tente de rassurer. La France est-elle réellement à l'abri de ce risque ?
Cette tension a atteint son paroxysme lors de la Word Policy Conference, organisée par l’Institut français des relations internationales (IFRI) à Chantilly, où Pouyanné a affirmé que si le détroit d'Ormuz était bloqué encore deux ou trois mois, la France pourrait entrer dans une période de pénurie énergétique. Des propos qui ont suscité des réactions, notamment celle d'Emmanuel Macron. Le président a minimisé les inquiétudes, arguant que le conflit au Moyen-Orient ne présageait pas de pénurie de carburant. "Nous ne sommes pas dans le scénario du pire que vous décrivez, et il est peu probable que cela se réalise", a-t-il déclaré, appelant à ne pas céder à la panique.
Mais la situation est-elle vraiment sous contrôle ? Selon le site prix-carburants.eu, le pic de stations-services à court d'essence a été atteint le 6 avril, avec 2172 stations concernées, un chiffre qui a depuis diminué à 795 stations au 27 avril, représentant 7,6 % des stations analysées. Les marques les plus touchées sont celles de Total, principalement dans les départements des Bouches-du-Rhône, des Alpes-Maritimes et du Pas-de-Calais.
les préoccupations des experts
L'économiste Philippe Chalmin, présent lors de l'intervention de Pouyanné, a déclaré à Valeurs actuelles: "Patrick Pouyanné a raison. Nous perdons actuellement 10 millions de barils par jour. Après 55 jours de guerre, cela se traduit par une perte de 550 millions de barils. Dans deux mois, ce chiffre atteindra un milliard de barils. Nos stocks seront considérablement réduits". Chalmin insiste sur le fait que les raffineries asiatiques, qui dépendent des hydrocarbures du Golfe, pourraient être incapables de s'adapter rapidement à cette crise, créant un risque d'approvisionnement pour des produits raffinés comme le diesel et le kérosène.
Joseph Tafeyeh, secrétaire général de Plastalliance, le principal syndicat du plastique en France, a également partagé ses inquiétudes. "Des entreprises commencent à arrêter leur production", a-t-il déclaré. "Étant donné que le plastique est principalement fabriqué à partir de naphta, la chute des exportations provenant du Golfe pourrait avoir des répercussions significatives sur l'industrie".
En somme, la France se retrouve à la croisée des chemins, entre l'optimisme de ses dirigeants et les alarmes de ceux qui analysent la situation de près. Adopter une approche proactive pourrait s'avérer essentiel pour anticiper d'éventuelles difficultés à l'avenir.







