Investir, négocier une augmentation, dépenser sans retenue… Dans le domaine financier, de nombreuses femmes éprouvent un sentiment d'illégitimité. Ce phénomène est souvent le reflet d'une culture patriarcale encore très présente. Cinq femmes partagent leurs expériences et réflexions sur la question de l'argent.
"Mon mari gérait nos placements", Murielle, 58 ans
Suite à son divorce, Murielle réalise qu'elle n'a pas constitué d'épargne personnelle pour sa retraite. Pendant leur vie commune, son mari avait toujours pris en charge la gestion des finances. Quand elle décide d'investir dans un plan d'épargne retraite, elle se rend compte de son ignorance en matière financière. Ce cas n’est pas isolé : de nombreuses femmes laissent la gestion des finances à leurs partenaires, souvent par habitude ou par manque de confiance. "En général, les hommes ont tendance à envisager l'argent comme un outil d'investissement, tandis que les femmes l'associent davantage à leurs relations affectives", souligne Jeanne Lazarus, sociologue. Malheureusement, la représentation stéréotypée de l'homme en tant que gestionnaire financier persiste. Pour changer cette dynamique, il est essentiel que les femmes s'informent et prennent en main leur avenir financier.
"Je crains pour l’indépendance financière de ma fille", Aline, 60 ans
Aline s'inquiète pour sa fille qui, après la naissance de son troisième enfant, a choisi de ne pas retourner au travail. Bien qu'elle comprenne son désir d'être mère au foyer, elle s'inquiète des implications financières de cette décision. "Mon rôle consiste à l'encourager à envisager l'avenir et à peser le pour et le contre", explique-t-elle. Les perceptions du travail féminin diffèrent selon les générations. Les femmes plus âgées ont souvent intégré l'idée que l'émancipation passe par un emploi, tandis que les plus jeunes voient parfois dans le choix de rester à la maison une forme de liberté. Toutefois, cette décision peut engendrer des répercussions douloureuses sur leur retraite et leur indépendance à long terme.
"Je n'ai jamais osé parler d'augmentation", Fabienne, 64 ans
Fabienne avoue avoir toujours eu du mal à discuter d’argent. Dans sa vie professionnelle, elle n’a jamais demandé d’augmentation, craignant de ne pas être jugée à la hauteur. Dans son couple, même si les finances lui semblent déséquilibrées, elle n’ose pas exprimer ses préoccupations par peur d'être perçue comme avare. "L'héritage culturel a toujours dissuadé les femmes d'aborder les questions financières", explique Jeanne Lazarus. Ce silence nuit à la relation et à l'estime de soi. Pour établir une communication saine autour de l’argent, il serait essentiel que les femmes prennent la parole face aux blocages historiques qui naissent de ces normes.
"Il désapprouve mes cadeaux à nos petits-enfants", Louise, 72 ans
Louise aime offrir des petits billets à ses petits-enfants, mais son mari désapprouve cette générosité. La tension réside dans le fait que l'argent devient un révélateur de tensions familiales plus profondes. Les cadeaux faits par un grand-parent ne doivent pas être interprétés de manière négative, mais souvent, ils touchent des blessures ou des conflits latents sur les choix éducatifs. La manière dont Louise donne de l'argent témoigne de son besoin d'affirmer son autonomie financière vis-à-vis de son conjoint.
"Il contrôlait mes finances au centime près...", Anaëlle, 52 ans
Anaëlle a vécu vingt ans avec un partenaire qui exerçait des violences économiques à son égard. Petit à petit, il a pris le contrôle de toutes ses dépenses, la rendant dépendante. Cette situation illustre les dynamiques de pouvoir dans les relations où l'argent devient un instrument de domination. Même en dehors de ces cas extrêmes, des comportements plus subtils peuvent également entraver l’égalité dans le couple. L’affirmation de ses choix financiers constitue un moyen crucial pour atteindre une plus grande autonomie.
Pour aller plus loin, les travaux de Jeanne Lazarus et Nicole Prieur offrent des pistes de réflexion enrichissantes sur les enjeux économiques au sein des relations affectives.







