Mon récit sur l’islamisme, le tribalismes solidaires et le narcotrafic est bien plus qu'une théorie élaborée. C'est une expérience personnelle, une immersion dans des réalités complexes nourries par ma propre histoire.
En 1989, à l'âge de dix-huit ans, la France est secouée par l’affaire du voile de Creil, qui met la question du voile islamique à l'école au devant de l'actualité. Ce moment devient le catalyseur d'un débat passionné autour de l'identité religieuse et culturelle en France.
L’analyse prédominante de l’époque présente le voile comme une marque de soumission patriarcale. On imagine alors des femmes voilées comme de simples victimes d’une domination masculine. Mais ce que j’observe dans ma réalité quotidienne dénote un autre aspect.
Ma grand-mère, Fatima, décide de porter le voile alors qu’elle ne l’avait jamais fait auparavant. Ce choix, bien qu'il se tiendra dans une société où le regard social est omniprésent, n'est pas imposé. Elle vit seule, ayant été séparée de mon grand-père depuis 1975, mais cherche simplement à s’adapter à une norme émergente dans son entourage. Cette pression sociale, ancrée dans des notions d’honneur et de réputation, est souvent négligée dans les analyses françaises, où l’on privilégie une vision souvent biaisée de la domination masculine.
Dans un environnement où les liens familiaux et communautaires sont cruciaux, ne pas se conformer aux normes peut entraîner un jugement sévère. Ces dynamiques au sein de communautés maghrébines montrent que le port du voile peut devenir une obligation sociale, mécanisme qui s’active bien au-delà du simple patriarcat.
Je me remémore un débat animé entre Élisabeth Badinter et des femmes voilées, où cette dernière, fidèle à la vision dominante, considérait ces femmes comme des victimes. Or, pour moi, elles s’affirment comme des actrices de leur identité, choisissant de porter le voile pour en faire un signe distinctif, une frontière culturelle.
Simultanément, la situation en Algérie se dégrade. Le Front islamique du salut remporte les élections de 1991 avant que le processus électoral ne soit brusquement interrompu, éveillant une guerre civile d’une brutalité inouïe. Les récits de ma grand-mère me confrontent à cette violence qui fait irruption dans notre quotidien.
Ma proximité avec des islamistes algériens, venus à ma rencontre dans ma cité, m'ouvre les yeux sur la nature politique de leurs revendications, qui vont au-delà de la sphère religieuse. Parallèlement, l’affaire du gang de Roubaix montre que certaines criminalités peuvent devenir un vecteur de financement pour le djihad, révélant un atout stratégique insoupçonné, là où des jeunes ne voient plus la police comme une institution républicaine, mais comme une force d’occupation.
Les quartiers populaires ne sont plus seulement des espaces de vie, mais des territoires à défendre contre un État perçu comme oppressif. Dans ce contexte, la montée du narcotrafic ne se limite pas à un simple échange de biens : elle fragilise la méritocratie dans nos écoles, empoisonne une partie de notre jeunesse et redessine les hiérarchies locales.
Cette situation est l’un des moteurs de ce que j’appelle le narco-caïdat, où le narcotrafic s’entrelace avec des logiques désenchantées d’identités communautaires. Les recompositions électorales observées récemment, notamment à Roubaix ou Saint-Denis, témoignent de cette intrication entre narcotrafic, ressentiment postcolonial et défiance généralisée face à nos institutions.
Des figures politiques voient dans ce mélange un potentiel électoral, donnant naissance à une nouvelle mouvance tiers-mondiste qui s’inspire des luttes nátionales passées tout en ermêlant leurs luttes avec des sentiments d'injustice.
À travers cette analyse, je ne prétends pas détenir la vérité absolue, mais je délivre un message ancré dans plus de trois décennies d’observation, lorsque, à dix-huit ans, j'ai commencé à percevoir des mécanismes toujours, pour beaucoup, mal compris.







