L'audiovisuel public face à une crise de doctrine profonde

Une enquête dévoile l'absence de vision claire pour l'audiovisuel public.
L'audiovisuel public face à une crise de doctrine profonde

CHRONIQUE. Au-delà des débats budgétaires, la récente commission d’enquête sur l’audiovisuel public met en avant une problématique plus sérieuse : un manque de doctrine. Avec un financement de plusieurs milliards d’euros par an, le service public audiovisuel semble avoir perdu de vue ses missions essentielles et ce qui relève réellement du régalien.

La commission d’enquête parlementaire sur l’audiovisuel public n’est pas qu’un caprice politique. Elle s’inscrit dans un sillon d'alertes régulièrement formulées, notamment par la Cour des comptes, qui pointent du doigt des problématiques de gouvernance et d’efficacité dans ce secteur bénéficiant d’environ 4 milliards d'euros de fonds publics chaque année. Cette commission permet de faire le point sur ces réalités, sans embellissement.

Si de tels constats sont connus, leur amalgamation est peu fréquente : multiplication des chaînes et de structures dépourvues de ligne éditoriale claire, coûts fixes importants, dispersion des ressources, et opacité dans certaines décisions, surtout concernant les relations avec les producteurs. De plus, l’impartialité de certains contenus ainsi que la question du pluralisme demeurent perpétuellement remises en question. Rien de sensationnel ou de nouveau, mais cette accumulation finit par éclater au grand jour.

Lors de son audition en 2025, Nacer Meddah, président de la troisième chambre de la Cour des comptes, a exprimé une mise en garde franche : « La situation financière de France Télévisions est critique, elle pourrait se détériorer encore davantage à partir de 2026. »

Cette alerte ne serait pas seulement idéologique mais économique. La commission souligne qu’il ne s'agit pas seulement d'une faute unique, mais d'une absence de ligne directrice. Au fil du temps, l’audiovisuel public s'est aventuré à tout vouloir assumer : informer, divertir, éduquer, concurrencer le secteur privé, défendre des causes, atténuer des fractures territoriales, et produire de la culture ainsi que du lien social. Cette multiplication de fonctions a provoqué une perte de hiérarchie dans ses missions. En craignant de faire des choix, il a dilué son essence même.

Une accumulation de missions sans hiérarchie

Cette confusion est bien plus qu'une problématique budgétaire. Elle est également intellectuelle et politique. Elle témoigne d’une incapacité à définir clairement ce que l’État doit garantir et ce qu'il peut soutenir sans se substituer. Au final, tout est sur un même palier : information et divertissement, transmission et animation, exigence culturelle et concurrence avec le secteur privé. L'argent public continue d’être investi, mais sans doctrine solide.

La commission soulève ainsi une interrogation bien plus profonde que les seules questions de gestion : la définition du périmètre du régalien culturel. Il est crucial de se rappeler que l'État ne doit ni produire ni financer toutes les initiatives. Son rôle se veut exigeant : garantir une information fiable et diversifiée, préserver notre patrimoine commun, transmettre la langue française ainsi que les cultures exigeantes, tout en veillant à l'accès à des contenus souvent non financés par le marché. Ce qui n'est pas illégitime ou à mépriser peut néanmoins ne pas relever automatiquement des dépenses publiques. En voulant tout gérer, l'État fragilise ce qu'il prétend protéger, cultivant ainsi une dépendance structurelle et suscitant des critiques récurrentes envers le service public.

Recentrer l’audiovisuel public sur ses missions régaliennes ne devrait pas être perçu comme un recul, mais comme un geste de clarté et de responsabilité politique. La réforme de l’audiovisuel public doit éviter de le sanctuariser ou de le privatiser intégralement, mais doit plutôt le recentrer sur ce qui relève vraiment du régalien. C’est à ce prix qu’il pourra regagner légitimité.

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