Depuis la montée en puissance de l'administration Trump, de nombreux chercheurs américains ont vu leurs financements drastiquement réduits. En mars dernier, des thèmes de recherche jugés peu compatibles avec la vision du gouvernement ont été abandonnés, laissant de nombreux enseignants dans l’incertitude. Face à cette situation, l'Université Aix-Marseille a ouvert un programme intitulé "safe place for sciences", destiné à accueillir ceux dont le travail est menacé.
Lisa Hilbink, chercheuse en sciences politiques, fait partie de ces chanceux. Elle explore le lien entre les lois, la justice et la démocratie, un sujet qui ne trouve pas grâce auprès des autorités américaines. "Je me sens très chanceuse et reconnaissante", confie-t-elle en emménageant dans son nouvel appartement à Aix-en-Provence. Cependant, cette gratitude s'accompagne d'un fort sentiment de culpabilité envers ses collègues restés au Minnesota, qui continuent de lutter dans une atmosphère parfois hostile, comme le soulignent plusieurs analyses économiques sur le secteur universitaire.
Le couple de chercheurs, Lisa et son mari, qui lui aussi a dû quitter son poste, se considère comme privilégié, redoutant d'être stigmatisé comme des "réfugiés scientifiques". Ils reconnaissent leur chance d'avoir échappé à l'adversité des États-Unis et réfléchissent aux implications morales de leur déplacement vers une France qui les accueille chaleureusement. Pour Lisa, son salaire, qui varie entre 2 500 et 2 700 euros net, représente la moitié de son salaire précédent, mais ce n’est pas l’argent qui l’attire ici.
Tout en se préparant à débuter des cours en license bilingue à l'automne 2026, elle désire favoriser des échanges intellectuels. "Je ne viens pas pour m'enrichir personnellement, mais pour apporter ma contribution à l'université", explique Lisa. Néanmoins, certains collègues en France se questionnent sur l’opportunité de financer ces postes pour des chercheurs étrangers dans un contexte financier déjà tendu pour les universités françaises.
Le couple espère bien retourner aux États-Unis après la durée de leur contrat de trois ans, mais l’incertitude qui règne actuellement rend cette perspective fragile. De nombreuses voix dans le milieu académique commencent à s’élever, appelant à une réflexion plus profonde sur la mobilité scientifique à travers le monde, et la manière dont les politiques peuvent impacter la recherche, rapporte Le Monde.







