Éligible, mais sous bracelet : la justice a ouvert mardi la voie à une éventuelle quatrième candidature à la présidentielle pour Marine Le Pen, en réduisant sa peine d'inéligibilité à quinze mois fermes, déjà purgés. Toutefois, la dirigeante du Rassemblement National devra probablement mener sa campagne sous bracelet électronique si elle décidait de se lancer malgré cette condamnation.
À l'issue de l'audience, Marine Le Pen n'a pas fait de déclaration immédiate. Elle doit s'exprimer dans le journal de 20H00 de TF1, où elle devrait annoncer sa décision, a confirmé un proche à l'AFP.
"Nous évaluons maintenant l'ensemble des implications de cette décision", a commenté son avocat, Me Rodolphe Bosselut, qui s'est déclaré "partiellement" satisfait du délibéré.
Dans une salle d'audience écrasée par la chaleur, le chef de la cour d'appel a détaillé la sentence : une amende de 100.000 euros, quarante-cinq mois d'inéligibilité dont trente avec sursis, ainsi que trois ans de détention, dont un ferme à purger à domicile avec bracelet électronique.
Les juges ont justifié leur décision en soulignant la gravité des détournements de fonds du Parlement européen, révélant un système dont le but était de détourner les fonds à des fins autres que celles qui leur étaient destinées. Ils ont évoqué des actions "s'étalant sur une durée de 11 ans" et un montant dépassant 2,8 millions d'euros.
"Ces faits sont particulièrement graves", ont souligné les magistrates, en raison des attentes de probité envers les élus et de la rupture d'égalité avec les autres partis politiques.
Cela dit, la cour a également révélé son attachement à la "liberté des candidatures" dans le cadre des élections présidentielles, permettant ainsi à Marine Le Pen de se présenter.
Cependant, la candidate potentielle a toujours lié sa participation à une totale liberté de mouvement, jugée incompatible avec le port d'un bracelet. "Si je suis candidate mais que je ne peux pas mener ma campagne librement, cela ne sera pas réalisable", avait-elle affirmé récemment sur LCI.
Peut-elle changer d'avis ? Les remises de peine pourraient réduire sa détention de six mois, ce qui décalerait son entrée en campagne à janvier. Sinon, elle devra nommer Jordan Bardella comme candidat officiel du RN pour l'élection présidentielle de 2027.
Les sondages montrent que tant elle que son dauphin se positionnent comme favoris pour le scrutin des 18 avril et 2 mai, profitant de la stratégie de "dédiabolisation" qu'elle a construite depuis quinze ans. Plus de 30 % des électeurs les soutiennent au premier tour.
"Nous ne nous découragerons jamais, nous lutterons jusqu'à la victoire", a déclaré Marine Le Pen après un événement à Liévin, son fief du Pas-de-Calais.
Elle avait été initialement condamnée l'an dernier à quatre ans de prison, dont deux ans sous surveillance électronique, ainsi qu'à cinq ans d'inéligibilité effective. Ces sanctions avaient mis un frein à ses ambitions présidentielles.
Bien que les débats aient été plus sereins lors de l'appel, elle n'a pas changé de position, affirmant sa "bonne foi" et niant l'existence d'un "système" de détournement de fonds entre 2014 et 2016.
Les juges d'appel ont confirmé qu'elle avait fait embaucher des assistants dont les activités ne profitaient qu'au Rassemblement National et non au Parlement européen.
Le parquet général a dorénavant dix jours pour décider de former un pourvoi en cassation.







