Depuis une semaine, Jean-Paul Pavillon, maire des Ponts-de-Cé près d'Angers, est sur tous les fronts. Actuellement en pleine crise avec une crue record de la Loire, l'édile fait face à l'une des crises les plus marquantes de son troisième mandat. Reportage sur cette épreuve unique qui met à l'épreuve la gestion municipale.
Jean-Paul Pavillon se déplace rapidement, le regard fixé sur son téléphone tout en surveillant le niveau de la Loire. C'est sportif, c'est sûr
, lâche-t-il, sans même s'arrêter, pressé par les événements. Les Ponts-de-Cé subissent en effet une crue significative, impactant fortement la vie quotidienne des habitants.
Une crue de 5,40 mètres
Chaque matin, le maire tient une réunion de crise où il fait un point sur les niveaux d'eau avec son équipe de communication. Ça monte encore, mais moins haut que prévu. On pensait atteindre 5,46 mètres, et on est finalement autour de 5,40 mètres. On a l’impression d’être le problème en ce moment
, plaisante-t-il, tentant d'apaiser les tensions. Ce type d'humour est crucial dans ces moments stressants, selon un expert en gestion de crise contacté par Le Monde.
Deux grands enjeux se présentent : la levée de Saint-Jean-de-la-Croix, désormais inaccessible, et les évacuations en cours. Il y a encore une douzaine de personnes qui refusent d'évacuer,
déclare le maire au petit groupe d'agents municipaux. Faites-leur comprendre que cet événement va durer longtemps, la décrue ne sera pas rapide.
« Vous ne devez pas vous ennuyer »
Les pompes sont en marche, et la mobilisation des bénévoles est forte. Jean-Paul Pavillon, vêtu de bottes et d'un manteau imperméable, se rend au port des Noues. Sur le chemin, il s'arrête pour saluer les habitants. On pense à vous, on se dit que vous ne devez pas vous ennuyer !
, lui lance un voisin. Je mange des pâtes et ça me donne de l’énergie,
répond le maire avec un sourire. L'évaluation du moral des habitants est essentielle, selon la psychologue municipale, qui souligne l'importance du soutien communautaire.
Au chevet des habitants
La gestion d'une crise ne se limite pas à des décisions administratives. Il faut aussi rassurer et écouter les citoyens,
rappelle Jean-Paul Pavillon. Sur le port des Noues, il se penche sur les préoccupations d'une nonagénaire, inquiète pour son jardin menacé par la montée des eaux.
La situation est d'autant plus délicate, car cette crue est la plus forte depuis 1982. C'est exceptionnel,
analyse un climatologue de Météo-France. La Loire remonte rarement aussi haut, et si la décrue semble commencer, la prudence est de mise.
Les naufragés de Saint-Jean-de-la-Croix
Le maire prend ensuite la direction de la levée de Saint-Jean-de-la-Croix, où des résidents attendent de pouvoir passer. Des sacs de courses à la main, certains attendent des heures pour se ravitailler. Nous avons un problème d’accès depuis une semaine,
il déclare, furieux et impatient face à une situation qu'il considère sous contrôle. Si je viens, c'est aussi pour en prendre plein la tête de temps en temps,
poursuit-il, prouvant qu’il accepte volontiers la critique, tant qu'elle vient directement des habitants.
Etre maire en pleine tempête signifie également gérer les reproches. Après quelques échanges tendus, il se réconcilie avec un citoyen mécontent en affirmant qu’il préfère les critiques directes à celles laissées sur les réseaux sociaux.
Ce rôle exige de lui une forte résilience, alors qu'il jongle entre engagements. Je ne fais même plus de sport à côté de tout ça, ça suffit largement,
conclut-il avec le sourire, conscient que la gestion de la crise est un véritable marathon.







