Le 4 avril, le Parlement camerounais a approuvé une révision constitutionnelle qui marque le retour du poste de vice-président, abrogé en 1972. Désormais, ce rôle crucial permettra de désigner un successeur au chef de l'État en cas de démission ou de décès, remplaçant le président du Sénat qui jusqu'alors possédait cette prérogative. Cette évolution, selon le quotidien burkinabè Le Pays, semble préparer la scène pour la succession de Paul Biya, 93 ans, à la tête du pays.
Paul Biya, au pouvoir depuis 1982 et réélu il y a quelques mois, intègre cette réforme dans un contexte politique où son âge avancé commence à se faire ressentir. Le projet de loi, présenté au Congrès le 2 avril, stipule que le vice-président, nommé par le président de la République, agira au même titre que le Premier ministre, lui-même conservé dans ses fonctions.
Un « papy fatigué » face à la réalité
Pourquoi ce changement si tardif ? Il semble évident que Biya, conscient de la pression liée à son âge, cherche à renforcer sa gouvernance en se dotant d’un adjoint capable de le seconder. En effet, son état de santé, son élocution atténuée et sa fatigue palpable laissent présager une nécessité d’encadrement dans le cadre de son présidentiel lourdement chargé.
Il est indéniable que la création de ce poste pourrait solidifier l’architecture institutionnelle au Cameroun. Toutefois, la question demeure : pourquoi avoir attendu si longtemps pour envisager une telle mesure alors qu’il aurait pu le faire plus tôt dans son mandat ? L’opposition, quant à elle, ne manque pas de souligner que cette initiative semble davantage une manœuvre pour assurer sa succession.
Alors que la loi devrait passer sans obstacle, le contrôle total de la majorité présidentielle sur le Parlement rend toute objection insignifiante. L’opposition, tout en dénonçant une confiscation du pouvoir, n’a que peu de chance d’inverser la tendance.
Un successeur tout désigné ?
Les spéculations vont bon train concernant le futur vice-président. Parmi les prétendants notables, on retrouve Ferdinand Ngoh Ngoh, Samuel Mvondo Ayolo, et d'autres figures influentes du Rassemblement Démocratique du Peuple Camerounais (RDPC). Chacun de ces noms soulève des interrogations sur les orientations futures du pays.
Il est aussi évoqué que Biya pourrait envisager de favoriser son fils, Franck, une possibilité qui alimente les rumeurs et incertitudes autour de la succession. Ce choix pourrait renforcer la continuité de son régime, tout en apaisant les tensions au sein de la sphère politique.
Cette révision législative, tout en visant à établir un vice-président, semble reprendre le contrôle du destin politique camerounais par une manœuvre soigneusement orchestrée. La perspective d’une alternance démocratique, tant attendue par le peuple, pourrait ainsi s’éloigner davantage.







