À Rosersberg, au nord de Stockholm, une réforme gouvernementale pourrait marquer l'histoire : des enfants de 13 ans pourraient bientôt y être incarcérés. Cette décision, qui suscite une multitude de critiques, pourrait transformer fondamentalement le paysage pénal suédois.
Pour aménager cette nouvelle réalité, le système pénitentiaire se transforme : les détenus adultes sont réaffectés, et des salles de classe sont créées pour accueillir 24 jeunes, tandis que les cellules sont repensées pour répondre à leurs besoins.
La décision du gouvernement, annoncée en janvier dernier, vise à réduire l'âge de responsabilité pénale de 15 à 13 ans pour certains crimes, et se retrouve actuellement en attente de validation parlementaire. Le but avoué est de rompre le cycle de violence, où des enfants sont recrutés par des organisations criminelles via les réseaux sociaux, comme l'explique un rapport de Le Monde.
Auparavant, ces jeunes étaient placés dans des centres éducatifs fermés, qui sont devenus des zones de recrutement pour ces gangs. L'établissement de Rosersberg, visité par l'AFP, a commencé à effectuer des travaux nécessaires pour héberger ces mineurs.
"Nous voulons offrir un environnement mieux adapté, avec davantage d'espaces verts et des installations pour la pratique sportive", affirme Gabriel Wessman, directeur de la prison. Les cellules seront insonorisées et dotées de belles décorations, même si les jeunes y seront encadrés de manière stricte.
Chaque jeune sera logé dans une cellule individuelle, avec un accès à une télévision et à des espaces partagés. "L'éducation sera prioritaire et obligatoire jusqu'à 16 ans", insiste Wessman, bien conscient des défis qu'impliquera le suivi de ces jeunes incarcérés.
Le réfectoire a été démoli pour instaurer une salle de classe et un mur sera édifié pour établir une salle silencieuse pour les examens. Les équipes de surveillance devront doubler afin de garantir une encadrement adéquat des jeunes, dont les besoins éducatifs et psychologiques requièrent une approche bienveillante.
"Nous devenons de facto leurs tuteurs légaux, et cela requiert une réévaluation de nos pratiques", déclare Wessman, exprimant des préoccupations quant à la gestion quotidienne des jeunes. Contrairement aux adultes, ils seront constamment accompagnés. Les jeunes auront accès à des activités variées, comme le football ou les arts, avec un accompagnement permanent des surveillants.
Conscient des enjeux, M. Wessman souligne que cette incarcération représente pour beaucoup leur première séparation de leur environnement familial. "C'est une réalité que nous devons prendre en compte", conclut-il.
Cependant, cette réforme soulève de vives inquiétudes. L'association BRIS a dénoncé une mesure qu'elle qualifie d'inefficace. Julia Högberg, juriste au sein de l'association, a fait part de ses réserves, expliquant : "Cette décision pourrait augmenter le phénomène de criminalité chez les jeunes. Incarcérer des enfants aussi jeunes peut se révéler contre-productif pour leur développement, augmentant le risque de récidive."
De plus, elle souligne que la Suède a conservé un âge de responsabilité pénale inchangé pendant plus de 150 ans, même en période de hausse de la criminalité. Ce changement pourrait entacher l'image de la Suède en tant que modèle en matière de droits de l'enfant.
Cette initiative s'inscrit dans un large programme de réformes anti-criminalité mis en avant par le gouvernement conservateur, soutenu par l'extrême droite, et doit avancer rapidement avant les élections législatives de septembre prochain.







