De notre envoyé spécial à Berlin,
Le kebab-döner, bien plus qu'un plat populaire en Allemagne, est devenu un véritable symbole de la crise économique actuelle. À Berlin, cette spécialité a connu une flambée des prix, qui a atteint 47 % en seulement quatre ans, incitant alors les habitants à évoquer la "dönerflation". Pour beaucoup, le kebab est une constante dans la vie quotidienne, représentant un réconfort lors de moments de joie ou de peine.
Les Allemands attachent une grande importance à ce plat emblématique, qui est parfois un sauveur après une soirée festive ou un lunch allégé. Cependant, avec l'augmentation des prix, l'exaspération s'installe. En effet, un döner coûte désormais en moyenne 7,11 euros, un montant qui venait tout juste d'atteindre 4,85 euros en 2021. À Berlin, certains établissements affichent même des prix dépassant les 9 euros. "C'est déroutant de débourser autant pour un döner", s'insurge Clemens, un trentenaire.
Les prix symboliques à ne pas dépasser
Le phénomène de la dönerflation fait écho à une inflation plus large, où les prix des biens de consommation ont augmenté de 17,5 % depuis février 2022, en grande partie à cause de la crise énergétique liée à la guerre en Ukraine, selon des sources économiques. La situation est préoccupante : 2,5 millions de döner sont consommés chaque jour en Allemagne, et le plat représente un lien social important, que ce soit pour des repas informels ou des célébrations.
Les restaurateurs justifient cette hausse par l'augmentation des coûts de matières premières et d'énergie. "Le gaz et l'électricité ne cessent de grimper", indique un chef de kebab. Malgré cela, la demande ne faiblit pas, et certains établissements, comme le Pergamon, ont même vu leur chiffre d'affaires augmenter de 15 % ces dernières années.
La gentrification du döner
Curieusement, même des personnalités comme Lukas Podolski ont tenté de surfer sur cette mode, lançant leur propre kebab à Berlin avec un prix affiché à 8,5 euros. Toutefois, cette initiative n’a pas perduré, aggravant le phénomène de la dönerflation et suscitant des critiques.
Les clients expriment une frustration croissante face à l'évolution de ce plat, qui, selon eux, perd de son authenticité alors que des ingrédients plus coûteux et sophistiqués sont ajoutés. "Notre kebab ne devrait pas devenir une œuvre d'art", déclare Félix, un étudiant qui préférerait des prix plus abordables, même si cela signifie renoncer à des garnitures luxueuses.
Le snobisme du kebab
Ce qui est particulièrement alarmant, c'est que le kebab, autrefois un point de ralliement pour toutes les classes sociales, semble de plus en plus excluant. Les témoignages indiquent que certains clients se sentent mal à l'aise de fréquenter des kebabs où les prix sont devenus prohibitifs. "Il y a eu un temps où l'on croisait des personnes de tous horizons", se remémore Louis, un riverain. Aujourd'hui, on a parfois l'impression de ne pas être à sa place si l'on tache son vêtement en dégustant son repas.
Cette controverse a même trouvé un écho dans le débat politique. Par exemple, en mai 2024, le parti Die Linke a proposé de limiter le prix des döner à 4,90 euros, ce projet, cependant, a suscité à la fois scepticisme et moquerie pour son manque de réalisme. La question demeure : le döner, autrefois accessible à tous, peut-il rester un plat populaire ou devient-il progressivement un luxe ?







