Neuf années de douleur et d'incertitude s'achèvent pour la famille d'Anthony Deserra, qui attend des réponses après la tragédie survenue sur le chantier d'Amazon à Boves (Somme). A partir de ce mardi et pour une durée de trois jours, le tribunal correctionnel d'Amiens examine le cas de quatre prévenus accusés d'homicide involontaire.
Le 17 mars 2017, alors que les dernières mains étaient mises au chantier, un mur en béton s'est effondré sur Anthony, un ouvrier âgé de 27 ans. Décédé sur le coup, la victime a subi un polytraumatisme sévère, d’après le parquet d'Amiens qui avait ouvert une enquête pour homicide involontaire peu après l’accident, obsédée par la question d'une négligence manifeste des normes de sécurité.
Me Émeric Lacourt, avocat représentant la famille, souligne que cette tragédie a profondément marqué les proches d'Anthony, notamment ses parents et son jeune frère. "C'est une famille très soudée, mais tous ont perdu un jeune professionnel prometteur", a-t-il déclaré avec émotion.
Les manquements à la sécurité pointés
Selon les expertises, "la société Bemaco, qui employait Anthony, est mise en cause pour avoir réalisé un montage de béton sans respecter les délais de séchage des supports", explique Me Lacourt. Un délai qui, s'il avait été observé, aurait pu prévenir la catastrophe. Effectivement, des témoignages récoltés indiquent que les employés se félicitaient de la rapidité d'exécution des travaux, omettant ainsi les précautions nécessaires.
Le manque de formation dénoncé
Les avocats déplorent également le fait qu'Anthony ait été contraint de monter en nacelle sans posséder les qualifications requises. Cela a rendu la fuite impossible au moment de l'accident. "Nous sommes face à une situation responsable de son employeur", insiste Me Lacourt.
D'un autre côté, la défense, représentée par Me Thierry Pelletier, conteste vigoureusement ces accusations, soulignant l'absence de l'entreprise de maîtrise d'œuvre dans ce procès. "C'est un manquement regrettable. Ils avaient la responsabilité de coordonner la sécurité sur le chantier", fait-il remarquer. Des experts techniques soutiennent que les erreurs proviennent également de la part de la maîtrise d'œuvre qui aurait négligé d’indiquer les normes de sécurité appropriées.
Une longue attente pour la justice
Le procès soulève également des questions de procédures, comme le souligne Me Pelletier : "Cette affaire aurait dû être jugée beaucoup plus vite, la famille mérite de savoir rapidement qui est responsable". Les débats devant le tribunal d’Amiens se poursuivront mercredi, et il reste à espérer que la justice saura apporter des réponses à cette affaire tragique, qui continue de hanter la mémoire et le cœur de ceux qui ont perdu un être cher.







