Des faits d'agression sexuelle impliquant des membres de la Congrégation du Sacré-Cœur de Jésus de Bétharram refont surface, suscitant l'inquiétude des enquêteurs. Au moins six personnes se disent victimes en Côte d'Ivoire, notamment du prêtre Bénat Ségur, actif durant les décennies 1970 et 1990.
La commission d'enquête indépendante, issue du scandale de violences au sein de la congrégation, jettera la lumière sur ces accusations. Selon Jean-Pierre Massias, son président, une visite récente en Côte d'Ivoire a permis de recueillir plusieurs témoignages troublants. "Chaque fois que nous avons rencontré des personnes ici, le message était : 'Cela ne m'est pas arrivé qu'à moi'," a-t-il déclaré à l'AFP.
Les victimes, dont une a porté plainte en France, ont vu leur situation compliquée par la prescription des faits, étant donné que le père Ségur est décédé en 2010. Toutefois, la commission s'attend à ce que d'autres voix s'élèvent. "Nous allons vraisemblablement recommander une enquête d'ampleur sur les agissements de la communauté de Bétharram ici," a ajouté Massias.
Le prêtre a séjourné deux fois dans le pays
La congrégation a reconnu sa responsabilité dans les violences signalées, mais n'a pas encore pris de position sur la situation en Côte d'Ivoire. En 2025, elle a annoncé un soutien financier de 120 000 euros à la commission d'enquête, pilotée par l'Institut Louis Joinet, une ONG axée sur la justice restaurative.
Bénat Ségur, prêtre basque, a vécu à plusieurs reprises en Côte d'Ivoire, engageant ses activités dans des communautés locales, ce qui lui a valu d'être perçu comme un personnage charismatique et bienveillant. Des témoignages d'attouchements et de tentatives de viol émergent, décrivant un climat de domination, accentué par des dynamiques post-coloniales. "Les victimes se sentent souvent acculées, avec l'idée qu'accuser un prêtre ou un Blanc est un tabou," souligne Massias.
Des victimes dans d'autres pays ?
En discutant avec des responsables religieux ivoiriens, Massias a constaté une ignorance préoccupante des abus mentionnés. "Il y avait des enfants vivant chez des prêtres, et certains disaient aux enfants de faire attention", remarque-t-il. Selon lui, la prise de conscience autour de telles violences n'est pas encore à la hauteur observée en Europe.
La commission ne se limite pas à la Côte d'Ivoire ; elle envisage d'explorer les actions de la congrégation dans d'autres anciennes colonies françaises d'Afrique et au-delà, comme en Centrafrique ou au Maghreb. Les victimes ivoiriennes pourront également entrer dans le processus d'indemnisation prévu pour celles françaises, ouvrant une porte sur la justice et la reconnaissance de leur souffrance.







