Le tribunal judiciaire de Marseille se prépare à rendre son verdict ce jeudi 15 janvier, après deux mois de procès concernant l'affaire Apollonia, l'une des plus importantes escroqueries immobilières de l'histoire de France. Quatorze prévenus, ainsi que la société d’Aix-en-Provence, sont accusés d’avoir orchestré une fraude dépassant un milliard d'euros.
Qualifiée par l'accusation de « la plus grande escroquerie immobilière et financière que la France ait jamais connue », Apollonia a ruiné près de 300 familles dans les années 2000, incitant de nombreux investisseurs, souvent issus de milieux médicaux, à placer toutes leurs économies dans des biens immobiliers fortement surévalués
Vingt ans après le dépôt de la première plainte, des réquisitions particulièrement sévères ont été formulées par le procureur. Les époux Badache, considérés comme les figures de proue de cette fraude, pourraient se voir infliger une peine de dix ans de prison, assortie d'une amende de 5 millions d'euros et de la confiscation de 19 millions d'euros de biens. Selon le procureur, ces individus, tout en manquant de remords, auraient repris leurs activités frauduleuses sans hésiter, si l'occasion se présentait.
Les réquisitions sont tout aussi strictes pour les autres proches de cette affaire : des peines de 5 à 6 ans fermes ont été demandées contre différents commerciaux, ainsi qu'une amende d'un million d'euros pour un notaire d'Aix-en-Provence.
Les victimes, représentées par plus de 760 parties civiles, espèrent que le jugement les reconnaîtra enfin comme de réelles victimes, plutôt que des individus ayant cédé à la tentation de gains faciles, comme les a qualifiés certains avocats de la défense.
« Ce premier jugement est une pierre angulaire, mais il ne marque que le début d’un long parcours judiciaire », déclare Marc Daumet, président de l’association des victimes d'Apollonia. « Ce que nous redoutons, c’est que toute cette procédure prenne encore plusieurs années, ce qui pourrait nous priver de la juste compensation financière si nous ne voyons pas de résultats positifs ».
Les inquiétudes d’une justice lente résonnent particulièrement chez les victimes, comme le souligne un médecin à la retraite qui a investi dans plusieurs logements Apollonia. « 20 ans, c'est long ! On a le temps de mourir », déplore-t-il, rappelant l'impact émotionnel et financier de cette affaire au rythme infernal du système judiciaire français.
Ce jugement tant attendu pourrait offrir un semblant de justice à ces familles éprouvées qui, malgré la souffrance et les pertes subies, continuent de se battre pour obtenir réparation, tout en faisant face à une justice qui semble parfois traîner en longueur.







