Il s'appellait Maxime Gallic. Son corps a été découvert le 19 juillet 2025 à Bordeaux, et son ami Pierre Bain est clair : "C'est une victime du chemsex." Ce terme englobe des relations sexuelles "augmentées" par l'usage de drogues, souvent en groupe. Ce drame s'est déroulé dans un appartement de la rue Maucoudinat.
Pour Pierre, il ne s'agit pas seulement d'un accident, déclarant : "C'est une overdose, exacerbée par la présence du GHB. La responsabilité incombe à celui qui a fourni la drogue." En conséquence, la famille de Maxime a déposé plainte pour mise en danger de la vie d’autrui, détaille Me Gwennhaëlle Barral, avocate des parents de la victime. Ils insistent sur le fait que Maxime était un jeune homme prometteur, cadre dans l'assurance, dont la vie a basculé après avoir découvert le chemsex et des drogues de synthèse.
Une réalité préoccupante
Ce triste événement met en lumière les enjeux entourant le chemsex, un phénomène que le grand public a commencé à découvrir récemment, notamment à travers des affaires médiatiques marquantes, telles que celle de Pierre Palmade.
Le terme chemsex, résultant de la combinaison des mots "chemical" et "sex", désigne l'utilisation de drogues comme la 3-MMC, la méthamphétamine, ou encore la MDMA, pour intensifier les expériences sexuelles. Un article du New York Times a même récemment comparé cette pratique à l'épidémie de Sida des années 1980.
Bien que le phénomène ait émergé en France dans les années 2000, son essor a véritablement eu lieu dans la première moitié des années 2010. Philippe Batel, addictologue au centre hospitalier Camille-Claudel d'Angoulême, affirme qu'il a commencé à voir les premiers "chemsexeurs" à cette époque, notant que les consultations consacrées à ce sujet se multiplient.
"J'ai vu émerger le phénomène du chemsex, sans réponse sanitaire en face"
Les Caarud (Centres d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques) à Bordeaux témoignent également de cette tendance inquiétante. Aurélie Lazes-Charmetan, cheffe de projet, révèle que les consultations pour le chemsex sont désormais fréquentes. "Nous avons commencé ces rendez-vous en 2016, et nous avons observé une augmentation des demandes d'aide depuis," confie-t-elle.
Un appel à l'action
Malgré la gravité de la situation, nombreux sont ceux qui estiment que les pouvoirs publics ne prennent pas la mesure de ce phénomène. Jean-Patrick Fabre, cofondateur de l'association Chems Pause, évoque un sentiment de délaissement par l'État, appelant à une prise de conscience pour éviter de sombrer dans l'oubli. "On voit des jeunes commencer leur sexualité avec la drogue. Ils perdent leur emploi et se retrouvent à la rue. Cette épidémie mérite une action immédiate", insiste-t-il.
Du côté politique, des initiatives émergent timidement. Anne Sourys, sénatrice, a récemment présenté une proposition de loi visant à protéger ceux qui alertent les secours en cas d'urgence liée au chemsex. "Il est crucial d'éviter que la peur de poursuites incite à ne pas porter secours à une personne en détresse," souligne-t-elle.
Alors que la mobilisation autour du chemsex prend de l'ampleur, plusieurs associations mettent en place des campagnes de sensibilisation. Michel Mau de Play Safe évoque les dangers de la banalisation des drogues dans l'espace public, plaidant pour une régulation plus stricte sur Internet.
La question reste : à quel point sommes-nous prêts à agir pour freiner cette épidémie hors de contrôle ?
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