Un fumigène s’enflamme, des slogans résonnent. Sur le parvis du tribunal, plus d'une centaine d'avocats en grève se sont rassemblés pour dénoncer les réformes à venir. Selon l'AFP, ils s'opposent notamment à un projet de loi jugé dangereux pour l'équité judiciaire.
"Nous ne voulons pas de cette justice de Darmanin, qui semble davantage être aux ordres !" s'exclame au mégaphone Me Jane Peissel, une des porte-parole de la manifestation. "On se battra jusqu’au bout", renchérit son confrère Lucie Le Carpentier, suscitant des applaudissements enthousiastes.
Jane et Lucie sont parmi les figures de proue de "Colère noire", un collectif fondé en 2026 qui milite pour le retrait pur et simple du projet de loi dite loi "SURE". En plus de Paris, des actions similaires ont eu lieu à travers le pays, de Nice à Bobigny, en partenariat avec des organisations de gauche telles que le Syndicat de la magistrature (SM), le Syndicat des avocats de France (SAF) et la Ligue des droits de l’homme (LDH). Le barreau de Paris a voté le début de la grève le 31 mars puis a reconduit le mouvement ce 7 avril.
Le "plaider-coupable criminel" vivement critiqué
Devant le tribunal, les banderoles expriment leur mécontentement : "Darmanin, injustice" et "Justice en Sure-sis" parmi d'autres. Une des principales préoccupations réside dans le nouveau "plaider-coupable criminel", dispositif phare de la réforme qui permettrait de désengorger les cours d’assises en réduisant les délais de jugement.
"Ce plaider-coupable créé une situation où les accusés se trouveront sous pression. Des innocents pourraient avouer un crime qu’ils n’ont pas commis", avertit Me Raphaël Kempf, un des critiques du projet, lors d'une interview avec BFMTV.
Inspiré du système américain, ce mécanisme permettrait à un accusé de plaider coupable, avec l'accord de la victime et du procureur, et d'être jugé pour des actes graves, sans procès public, tout en bénéficiant d'une réduction de peine. Par exemple, une condamnation pour homicide pourrait passer de 30 à 20 ans.
"Ce n’est plus de la justice, mais une transaction, où un procureur contrôle tout et un accusé vulnérable est prêt à accepter n'importe quoi pour alléger sa peine", argue Lisa Giraud, avocate.
Elle souligne que la qualité des enquêtes judiciaires pourrait également souffrir : "Si un accusé admet des faits très tôt dans le processus, cela pourrait réduire les investigations nécessaires, telles que les expertises psychiatriques." Selon les estimations de la Chancellerie, 10 à 15 % des dossiers criminels pourraient être concernés par ces changements.
Après avoir replié leurs pancartes, les avocats se dirigent vers les étages du tribunal, bien qu'ils aient été empêchés de déployer leur banderole dans la salle des pas perdus. Par petits groupes, ils s'installent dans diverses salles d’audience de comparution immédiate pour appuyer leurs collègues commis d’office.
"Défense massive" en action
Dans la 23e chambre correctionnelle, un avocat proclame au micro : "Aujourd’hui, quelque chose d'inédit se déroule ici." Il annonce que les avocats appliqueront une "défense massive", consistant à avoir quatre avocats par dossier au lieu d’un. Cet acte vise à contrecarrer les comparutions immédiates qui, selon eux, manquent de profondeur, souvent réduites à une heure par dossier.
Le premier cas dans cette "défense massive" concerne Erwan A., accusé de "tentative d'enlèvement" et de "tentative de vol". Après 48 heures de garde à vue, il admet avoir voulu voler des téléphones et des chaussures à des lycéens, bien qu'il conteste l'accusation d'enlèvement.
Une journée "justice morte" prévue le 13 avril
Trois avocats se succèdent pour soulever des nullités de procédure, mettant en avant que le menottage d’Erwan A. était injustifié et a porté atteinte à sa dignité. Une élève-avocate souligne également que sa garde à vue a été prolongée abusivement.
Les avocats continuent de défendre les droits de leurs clients, tout en maintenant ce mouvement contre la réforme de Darmanin. De nouveaux rassemblements, dont une journée "justice morte" en préparation pour le 13 avril, sont prévus, marquant le début de l'examen du projet de loi au Sénat. Les débats promettent d'être passionnés.







