Lundi dernier, au conseil de prud'hommes de Bobigny, une hôtesse d’Air France a témoigné, illustrant les pressions exercées par la compagnie pour l'empêcher de signaler des comportements inappropriés. Séraphine S., originaire d'Amiens, a pu compter sur le soutien de son compagnon, de militantes de l'Association européenne contre les violences faites aux femmes au travail (AVFT), ainsi que de plusieurs collègues hôtesses qui l'ont accompagnée dans cette démarche.
Tout avait pourtant bien commencé pour Séraphine, embauchée en juin 2019 après une formation de deux ans. Son avocate, Me Mylène Hadji, souligne l'engouement initial de la jeune femme, décrivant son intégration dans le monde d'Air France comme un rêve. Cependant, cet enthousiasme a rapidement été tempéré par une réalité bien différente, notamment lors d’un vol Paris-Rabat en décembre 2019, où elle a subi des propos déplacés de la part du pilote.
Au-dessus de la scène, le climat est étouffant, alors qu'un steward l'invite brutalement à s'asseoir à ses côtés lors d'une fête d'équipe. Des allusions sexuelles s'intensifient, jusqu'à ce que Séraphine se sente forcée de quitter la soirée en raison de l'harcèlement qui s'y déroule. "Demain, je ne prends plus ce vol", a-t-elle prévenu le commandant de bord.
Une violence de plus
De retour à Paris, Séraphine a immédiatement informé Air France de ce qu'elle qualifie de "comportement inapproprié" au sein de l'équipage. Cependant, une enquête interne a été qualifiée de "bénigne" et a minimisé les faits en les qualifiant de troubles émotionnels.
À son entretien avec les ressources humaines, un steward a présenté des excuses, justifiant son comportement par "l'extrême fatigue". Cependant, cette lettre dissimulait une demande implicite d'annuler toute action en justice contre lui et contre la compagnie. Ce geste, selon Me Hadji, constitue "une violence de plus", soulignant le manque de soutien de la part d'Air France. La défense de la compagnie a porté sur le silence de Séraphine pendant plusieurs années et a suggéré qu'elle a accepté les excuses du steward de son plein gré.
La question cruciale est maintenant de savoir si une procédure disciplinaire a été réellement engagée contre le steward, ce que dément l'avocate de la compagnie, Me Matthias Weber, réclamant que le silence de Séraphine sur le sujet prouve que "l'incident était clos". Cependant, cette affaire relance le débat sur la prévention des violences sexistes et sexuelles dans le milieu aérien et, plus largement, sur le rôle des entreprises dans la protection de leurs employés. Un rendez-vous important est prévu dans quelques jours pour examiner de près ces allégations au sein de la compagnie. L'examen des pratiques d'Air France sur cette question délicate continue d'intéresser les médias, notamment suite à une enquête de Radio France.







