Le tribunal de Lyon a validé, le 27 avril, le plan de reprise de l'entreprise Polytechnyl par le fonds d'investissement américain Lone Star pour 10,1 millions d'euros. Malheureusement, cette reprise ne permet de garder que 72 des 547 employés de cette société spécialisée dans les plastiques techniques, présente dans le Rhône et la Drôme depuis 70 ans.
Cette décision est perçue comme une « tragédie sociale » et un nouveau coup dur pour le secteur de la chimie. Polytechnyl, en redressement judiciaire, a longtemps été une filiale de Domo Chemicals, produisant des plastiques techniques à base de nylon pour plusieurs industries, notamment l'automobile et le textile. La reprise, tant attendue par les salariés, est décevante, car elle réduit considérablement l'effectif de l'entreprise.
En effet, la société n'a eu qu'un seul candidat à sa reprise, le fonds Lone Star, qui a été critiqué pour sa proposition de reprise jugée « dérisoire » par les syndicats, notamment par la CGT. Bien que l'offre comprend la reprise de brevets et d'activités commerciales, elle n'intègre ni les outils de production ni les locaux.
Initialement, Polytechnyl peut continuer ses opérations jusqu'au 30 avril, cependant, les liquidités s'avèrent insuffisantes pour prolonger son activité sans créer de nouvelles dettes d’exploitation. Lone Star a promis de ne pas licencier les employés retenus durant l’année suivant la reprise. Pourtant, des voix s'élèvent, comme celle de la députée LFI Aurélie Trouvé, qui a affirmé sur les réseaux sociaux que Polytechnyl avait été « bradée à un fonds prédateur ».
D'après Véronique Buttez, déléguée CGT de Valence, les réactions parmi le personnel sont dévastatrices : « On est tous là depuis au moins vingt ans. Les gens sont dépités, ils se demandent ce qu’ils vont faire de leur vie. » De même, Jean-Claude Garcia, responsable CFE-CGC dans la région, a souligné que beaucoup d'employés auraient préféré la liquidation à cette offre « lamentable ».
Le maire de Saint-Fons, Hadi Mebarki, partage cette inquiétude et s’interroge sur les conséquences d’une telle reprise, notamment sur les autres usines environnantes qui dépendent encore de Polytechnyl pour leur approvisionnement en vapeur et eau chaude.
L’intersyndicale a tenté de plaider sa cause à Bercy, évoquant la contradiction entre une volonté affichée de réindustrialisation de la France et le manque de soutien envers une entreprise en difficulté. « C’est désolant de voir que le gouvernement n’ait pas voulu aider une entreprise qui fonctionne, » a dénoncé Véronique Buttez.
Un secteur en crise
L'industrie chimique en Europe fait face à de nombreuses difficultés, aggravées par les hausses de coûts énergétiques et une concurrence internationale croissante. Par exemple, des entreprises comme Kem One ou Vencorex ont également subi des changements de propriétaire, souvent au détriment des effectifs.
Des experts, tels que Jean-Claude Garcia, soupçonnent des acteurs majeurs comme BASF d'avoir contribué à fragiliser Polytechnyl en augmentant le coût des matières premières essentielles à sa fabrication. Depuis l'été dernier, 130 postes ont déjà été supprimés, laissant environ 450 salariés à Saint-Fons et 90 à Valence.
La situation actuelle de Polytechnyl soulève des inquiétudes non seulement pour l'avenir de ses employés, mais aussi pour l'intégrité du secteur chimique français dans son ensemble.







